Archive pour janvier 2015

Dans « Robinson volontaire », Gauthier Toulemonde, le rédacteur en chef de Timbres magazine, raconte ses 40 jours passés sur une île déserte

Robinson-volontaire-Gauthier-ToulemondeLe Musée de La Poste et les journaux traitant de philatélie – L’Echo de la Timbrologie, Timbres Magazine… – entretiennent des relations régulières. Et quand des journalistes de ces publications mènent des projets exceptionnels, le musée suit à l’occasion leurs parcours. Comme celui de Gauthier Toulemonde, le rédacteur en chef de Timbres Magazine, qui a passé 40 jours sur une île déserte… et continué à assurer son job.

Gauthier Toulemonde est un récidiviste. A l’automne 2013, le rédacteur en chef de Timbres magazine avait décidé de passer 40 jours seul sur un îlot perdu au large de Sumatra. En emportant seulement de quoi communiquer – avec ses proches, ses collaborateurs – et subsister. L’expérience s’était révélée passionnante, fascinante même. Périlleuse aussi. Il a choisi de la renouveler en octobre prochain. Cette fois, direction les îles Chesterfield, un archipel situé à plus de 500 km à l’ouest de la Nouvelle-Calédonie.

3511376_5_26f4_gauthier-toulemonde-la-chate-blanche-a-perdu_2b57b78001024c9a3753c8eee5a77e85« J’ai pris ce qu’il y avait de plus éloigné », commente l’intéressé. Et de plus fragile aussi. Toutes ces terres affleurant à peine – point culminant 7 mètres – sont en effet menacées par la montée des eaux due au réchauffement de la planète. Une situation à laquelle Gauthier Toulemonde est loin d’être indifférent. C’est pourquoi il « séjournera » là-bas avant la grande conférence sur le climat qui se déroulera Paris en décembre. Les observations qu’il fera sur place seront alors transmises à des scientifiques. Peut-être contribueront-elles aussi à sensibiliser davantage encore les politiques réunis pour définir une politique environnementale mondiale.

Quoi qu’il en soit, à son retour Gauthier Toulemonde aura beaucoup à raconter. Comme à l’issue de sa première escapade. De celle-ci, il vient de faire un livre qui retrace les sept semaines passées sur cette île indonésienne de 700 mètres sur 500. Difficile d’accès, aucun habitant, exceptés des varans agressifs, des serpents vraiment peu hospitaliers, des moustiques comme s’il en pleuvait, des chauve-souris géantes… 35° à l’ombre. « Et de l’ombre, on en a vraiment besoin », précise-t-il.

3514848_5_809f_gauthier-toulemonde-vous-repond_443efe13386a83b747a693243bf1a02aAvec son ordinateur portable alimenté par un panneau solaire et ses téléphones cellulaires, il a pu écrire ses papiers, réunir son équipe à distance. « Le job s’est fait, on peut travailler de cette manière, indique-t-il, et puis j’ai aussi appris à déléguer. » Il a aussi eu la frousse, et même la terreur de sa vie, quand cinq pillards ont débarqué. « C’était plus que tendu, l’un d’eux avait vraiment une tête de tueur, il ne fallait surtout pas montrer son angoisse, agir calmement, se souvient-il, ils ont fini par s’éloigner en ne raflant que des coraux et des œufs de tortue. »

Dans cette aventure, Gauthier Toulemonde a laissé 14 kg. Mais il s’est aussi débarrassé (provisoirement ?) d’autres poids, comme celui de la dépendance à la consommation. « Quand on en est séparé, confirme-t-il, l’envie disparaît très vite. »

Rodolphe Pays    

Robinson-volontaire-Gauthier-ToulemondeRobinson volontaire. De l’open space à l’île déserte, par Gauthier Toulemonde. Arthaud, 216 pages, 19,90 euros.

 

 

 

Pascal Roman, conseiller historique du Musée de La Poste : « Le panorama des timbres français, c’est un peu le journal de bord de la France »

Dans quelques semaines, le Musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris-Musée Jean Moulin et le Musée de La Poste lanceront une exposition commune. A la fois historique et philatélique, celle-ci évoquera la seconde guerre mondiale à travers le regard que les créateurs de timbres ont porté sur le conflit.

Le panorama des timbres-poste français est composé des 4800 timbres émis entre entre 1849 - année de la mise en circulation  de la "Cérès", le premier d'entre eux -et aujourd'hui.

Le panorama des timbres-poste français est composé des 4800 timbres émis entre entre 1849 – année de la mise en circulation de la « Cérès », le premier d’entre eux -et aujourd’hui.

L’accrochage – qui se tiendra au Musée Leclerc-Jean Moulin – sera aussi l’occasion de présenter aux visiteurs le panorama des timbres français. Il n’avait plus été montré au public depuis la fermeture l’an dernier pour rénovation du Musée de La Poste. Pascal Roman, conseiller historique de ce dernier, revient sur ce que cette fresque philatélique – riche de près de 5000 timbres – raconte de la vie politique et culturelle de la France du milieu du XIXème siècle à aujourd’hui.

Le panorama des timbres français va être présenté dès le début mars aux visiteurs de l’exposition « Mémoires Gravées ». Que raconte cette fresque qui court sur plus de 160 ans ?

P.Roman2Les timbres sont d’abord des marques de souveraineté d’un Etat. Davantage encore que la monnaie, qui elle ne s’exporte pas. Ils véhiculent des idées politiques, accompagnent des tendances culturelles, rendent compte des évolutions techniques. A la disposition de l’Etat émetteur, ils sont un moyen de communication en direction de la population. Mais il arrive aussi que l’Etat prenne le train en marche.

Ainsi, à la libération de Paris ou quelques décennies plus tard lors du lancement de la Fête de la musique, c’est plutôt la volonté populaire qui sera à l’origine des émissions philatéliques dédiées aux événements. On fait aussi jouer aux timbres un rôle formateur. On l’a par exemple constaté avec les timbres en euro mis en service avant l’institution de la monnaie unique. Les timbres de ce panorama, ce sont des successions d’arrêt sur images. C’est un peu comme le journal de bord de la France.

 

L’exposition montre la seconde guerre mondiale à travers le regard que portent sur elle des créateurs de timbres. Que nous apprennent les œuvres de ces artistes ?

P.RomanCes timbres sont autant de rappels historiques. Sous Vichy, ils sont des indicateurs très précis de la démarche politique du régime. Avec ceux à l’effigie de Pétain, le culte de la personnalité inhérent à la période est manifeste. L’idée de Révolution nationale, avec ses références à la terre et aux traditions, apparaît aussi clairement dans les timbres où l’on observe des hommes poussant des charrues ou d’autres sacralisant les régions. La propagande culturelle passe alors également par les hommages rendus via la philatélie à des personnalités célèbres estimées neutres, comme Racine ou Corneille.

La Libération et la fin de la guerre n’échappent pas à la règle. Très vite, les timbres Pétain sont surchargés de croix de Lorraine ou du sigle RF. Et avant même le débarquement, des Marianne dîtes d’Alger sont imprimées. Après la guerre, on choisira de parler de la résistance et d’honorer ses grandes figures, de Gaulle, Jean Moulin… Là-encore, la philatélie accompagnait une volonté politique visant à tourner définitivement la page et à asseoir une époque nouvelle.

Propos recueillis par Rodolphe Pays

Unknown« Mémoires Gravées », une exposition commune du Musée Leclerc-Jean Moulin et du Musée de La Poste, du 12 mars au 8 novembre, Musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris-Musée Jean Moulin, 23 allée de la 2ème DB, Paris 15ème (tél. 01 40 64 39 44).

 

Jean-Charles de Castelbajac a dessiné le timbre « Cœur » 2015 en bleu, jaune et rouge

Jean-Charles de Castelbajac présente son timbre "Coeur" (photo Guilhem de Castelbajac).

Jean-Charles de Castelbajac présente son timbre « Coeur » (photo Guilhem de Castelbajac).

Dessiné par Jean-Charles de Castelbajac, le timbre « Cœur » 2015 a été dévoilé hier. L’événement se déroulait à l’hôtel de Choiseul-Praslin, l’ancien site du Musée de La Poste.

C’est un peu le Musée de La Poste qui accueillait hier la soirée de dévoilement du timbre « Cœur » 2015. L’événement se déroulait en effet à l’hôtel de Choiseul-Praslin, dans le 6ème arrondissement de Paris, bâtisse que le musée a occupé de sa création, en 1946, à 1973, année où il a rejoint le boulevard de Vaugirard. Ce lieu exceptionnel – érigé en 1722, inscrit au titre des monuments historiques – demeure toujours postal : avec un bâtiment plus récent qui le jouxte, il forme désormais le siège de La Banque Postale.

Un endroit qu’apprécie particulièrement Jean-Charles de Castelbajac, à qui La Poste a confié le soin de créer le timbre « Cœur » émis cette année encore à l’occasion de la Saint-Valentin. « A l’époque où il était inoccupé, je passais régulièrement devant cet hôtel particulier, il était comme seul, abandonné, c’était à la fois beau et mystérieux, raconte le créateur de mode, c’est pourquoi je me félicite que le lancement du timbre s’y tienne. »

Pascal Roman, conseiller historique du Musée de La Poste, a au cours de la soirée fait découvrir l'hôtel de Choiseul-Praslin à de nombreux invités.

Pascal Roman, conseiller historique du Musée de La Poste, a  fait découvrir l’hôtel de Choiseul-Praslin à de nombreux invités.

Plusieurs centaines de personnes se sont ainsi retrouvées pour cette soirée dédiée à l’amour. Le monde des philatélistes y côtoyait celui de la mode, Claude Désarménien, le président de la Fédération Française des Associations Philatéliques (FFAP) était ainsi susceptible de croiser à tout moment le galeriste et journaliste Emmanuel de Brantes… Postiers, imprimeurs, attachés de presse à oreillette et mannequins étaient aussi venus nombreux…

Jean-Charles de Castelbajac et Philippe Wahl.

Jean-Charles de Castelbajac et Philippe Wahl.

S’adressant à Jean-Charles de Castelbajac et aux invités, Philippe Wahl, le Président de La Poste a rappelé que l’opération Timbre Cœur avait démarré il y a quinze ans avec Yves Saint-Laurent. Et que cette tradition rendait hommage à l’amour et aux sentiments élevés. « Vous avez utilisé le jaune et le bleu, qui sont les couleurs de La Poste, et le rouge, qui figure celle de l’amour, a-t-il dit à l’artiste, c’est un très beau travail, une œuvre magnifique. » Jean-Charles de Castelbajac a quant à lui remercié « la grande famille de La Poste, que je commence à connaître » et indiqué la joie qu’il avait eue à « mener cette aventure avec elle ».

imag-tp-coeursLe timbre créé est à l’unisson du plaisir de l’artiste. Deux visages stylisés dessinés de profil s’y font face, se donnant un baiser « esquimau ». Aux cous des personnages, des mains esquissées rappellent les ailes de la colombe de la paix de Picasso. Et autour d’eux, des cœurs – bleu, jaune et rouge – ou des étoiles (selon la version « 20 » ou « 50 » grammes du timbre) ajoutent TDB_5472de l’onirisme à la scène. Des couleurs qui s’affichaient également aux fenêtres de l’hôtel de Choiseul-Praslin, devenues un soir des vitraux de cœur…

Rodolphe Pays

(photos Thierry Debonnaire)

Timbre « Cœur » 2015, création Jean-Charles de Castelbajac, mise en page Aurélie Baras, impression héliogravure. En vente à partir de lundi 26 janvier (les deux versions du timbre et le bloc de 5 timbres) à la boutique du Musée de La Poste, 21 avenue du Maine, Paris 15ème (ouverture du lundi au vendredi de 10 h à 18 h). Tél. : 01 53 71 98 49.

Jean-Charles de Castelbajac est né en 1949 à Casablanca, au Maroc. De retour en France, sa famille s’installe dans le Limousin, où sa mère monte un atelier de confection. Le jeune Castelbajac y fera son apprentissage de créateur de mode. Et puis tout s’enchaînera : premier défilé à Paris en 1969, implantation d’une boutique place St-Honoré, collaboration avec Courrèges, haute couture, costumes de scènes, installations d’art contemporain… Et en 2015, trois timbres pour La Poste, le « Bleuet de France » et les deux timbres « Cœur ».

180px-P1240828_Paris_VI_rue_de_Sèvres_n111_hotel_Choiseul-Preslin_rwkInauguré en 1722, l’hôtel de Choiseul-Praslin a été construit pour la comtesse de Choiseul par l’architecte Sulpice Gaubier. Il a ensuite appartenu à Louis XV, puis est passé dans les mains de plusieurs propriétaires. Acheté par l’Etat en 1886, la Caisse nationale d’épargne y est alors implantée. A sa création en 1946, le musée de La Poste s’y installe et y restera jusqu’en 1973 avant de rejoindre son actuel site, boulevard de Vaugirard. L’hôtel sera racheté en 2000 par La Banque Postale, qui engagera d’importants travaux de rénovation.

L’hommage de Nicolas Vial à des « amis morts debout »

"Hommage à des amis morts debout", Nicolas Vial.

« Hommage à des amis morts debout », Nicolas Vial.

Cabu, Wolinski, Tignous, Charb, Honoré… Nicolas Vial ne pouvait saluer la mémoire de ses collègues et amis autrement qu’à travers un dessin les représentant au cœur de ce qui a toujours été leur raison de vivre : la presse… et sa liberté.

« Je connaissais ces dessinateurs, on s’était souvent rencontrés, on avait parfois travaillé pour les mêmes journaux, explique Nicolas Vial, ce sont eux que j’ai représentés, mais bien sûr à travers eux ce sont aussi toutes les autres victimes auxquelles j’ai voulu rendre hommage. » Comme tant de gens, Nicolas Vial reste sous le choc. D’un acte impensable. De la perte de collègues dont plusieurs étaient des proches.

Il a choisi de les dessiner debout, chacun d’eux à la Une d’un journal, sans compassion affichée, sans rien esquiver… « C’est un dessin assez brutal, c’est un cri pour ces hommes qui sont morts la tête haute, en action, si vivants, raconte-t-il, l’encre rouge, c’est leur sang, c’est aussi leur panache, c’étaient comme des chevaliers. »

Nicolas Vial connaissait bien Honoré et Tignous, ils avaient longtemps fréquenté ensemble les mêmes rédactions, celles du Monde ou de L’Evénement du Jeudi notamment. Ils avaient participé à de multiples rencontres professionnelles, des salons, des festivals de dessin, partagé tant de repas. Et puis Cabu.

« C’était le type le plus sympa et le plus gentil de la terre, se souvient Nicolas Vial, son regard pouvait être sans concession, mais il n’y avait jamais de méchanceté, jamais de haine. » Vial n’imaginait pas de les montrer autrement : Cabu, Wolinski, Tignous, Charb et Honoré sont morts debout.

Rodolphe Pays

Photo Christina Filetto

Photo Christina Filetto

Nicolas Vial dessine pour la presse depuis plus de trente ans (« L’Evénement du Jeudi », « Le Temps »… ). Longtemps collaborateur du « Monde », il travaille aujourd’hui régulièrement pour le « Figaro Magazine ». Le Musée de La Poste a consacré une exposition à ses dessins de presse en 2012.

Nicolas Vial est aussi peintre (et même depuis quelques années peintre officiel de la Marine). Il expose régulièrement ses œuvres en France et à l’étranger. Et il a également conçu une dizaine de timbres pour La Poste.

 

 

 


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