Archive pour octobre 2019

Jacqueline Caurat : « Le timbre mériterait toujours que la télévision lui accorde du temps »

« Ce qui me faisait le plus plaisir dans les réactions des téléspectateurs, c’était les gens qui me disaient, je ne suis pas philatéliste, mais ce que vous faites et ce que vous dites dans l’émission m’intéresse, me plaît beaucoup. »

C’est une grande dame de la télévision et une grande dame de la philatélie.

Collectionneuse de timbres dès le plus jeune âge, Jacqueline Caurat, comédienne un temps dans les années 1950, a d’abord rejoint le petit écran en tant que speakerine.

Et puis très vite comme journaliste de l’émission Télé-Philatélie, qu’elle a créée avec son mari Jacques Mancier. L’aventure durera 22 ans…

Elle raconte…

« Mon père était collectionneur, d’ailleurs sans plus, mais c’est quand même son intérêt pour les timbres qui a éveillé en moi le goût de la philatélie.

J’ai commencé vraiment à collectionner à mon tour à l’adolescence, en récupérant des timbres, en échangeant aussi entre amis, une pratique courante à l’époque.

Jacqueline Caurat et son mari Jacques Mancier ont créé en 1961 l’émission Télé-Philatélie. L’aventure durera 22 ans.

J’étais attirée par la thématique de l’histoire, par celle de la politique aussi, tout ça m’intéressait beaucoup.

Mais également par tout ce qu’il y a derrière les timbres, c’est à dire les cachets, les marques postales, qui racontent aussi tellement de choses.

J’ai continué à collectionner même quand je suis entrée dans la vie professionnelle. C’était après la guerre, j’ai alors été quelques années comédienne. Presque un paradoxe pour moi, que mes cousins appelaient « la môme cerise », tellement je rougissais facilement.

Mais je rêvais plutôt de réalisation, de mise en scène, ce que d’une certaine façon j’ai fait par la suite sur le petit écran. Là encore, comme pour les timbres, c’était la curiosité qui me menait.

« Jean Cocteau venait de dessiner le nouveau timbre Marianne. Il a été l’invité de la première émission, que nous avons réalisée chez lui, dans sud de la France. Le programme a immédiatement été rendu célèbre par le fait que lors du tournage, Cocteau m’a demandé mon bâton de rouge à lèvres pour reproduire sur une vitre le visuel de la Marianne. »

Et puis j’ai rejoint la télévision, après avoir répondu à une annonce. Ils cherchaient quelqu’un qui parlait anglais pour traduire ce que les commentateurs britanniques disaient à l’antenne lors du couronnement de la Reine d’Angleterre. J’étais bilingue, ma carrière à la télévision a démarré comme ça.

J’ai poursuivi comme speakerine, en commençant notamment par annoncer des émissions destinées aux enfants et des services religieux. J’ai exercé ce métier aujourd’hui disparu une vingtaine d’années.

Assez vite, j’ai aussi découvert que les PTT de l’époque, à des fins pédagogiques et ludiques, donnaient des timbres aux écoles. Je me suis alors dit, pourquoi ne pas faire une émission à la télé qui parle des timbres, montre tout ce qu’ils peuvent apporter en connaissances, en culture, en plaisir aussi.

J’en ai parlé à Claude Darget, qui travaillait aussi à la télé et était un philatéliste passionné. Ca l’intéressait, mais la direction en place n’a pas donné suite. Heureusement, l’historien Albert Ollivier a alors été nommé à la tête des programmes de la chaîne.

Un bloc-feuillet de 4 timbres a été émis en 2011 à l’occasion du cinquantième anniversaire du lancement de l’émission Télé-Philatélie. Le Musée de La Poste s’était associé à l’événement.

J’ai évoqué avec lui mon projet, arguant du fait que les timbres, c’était avant tout des images. Il m’a dit je vous donne votre chance, faites cette émission.

C’est comme cela que Télé-Philatélie est né.

L’autre chance, c’est qu’à ce moment-là, Jean Cocteau venait de dessiner le nouveau timbre Marianne. Il a été l’invité de la première émission, que nous avons réalisée chez lui, dans sud de la France. Le programme a immédiatement été rendu célèbre par le fait que lors du tournage, Cocteau m’a demandé mon bâton de rouge à lèvres pour reproduire sur une vitre le visuel de la Marianne.

« Durant toutes ces années, j’ai pu faire partager aux téléspectateurs mes rencontres avec tellement d’artistes, des graveurs, des dessinateurs de timbres, Dali, Miro, Decaris, Gandon… »

C’était parti… pour 22 ans d’émissions consacrées à la philatélie.

Ce qui me faisait le plus plaisir dans les réactions des téléspectateurs, c’étaient les gens qui me disaient, je ne suis pas philatéliste, mais ce que vous faites et ce que vous dites dans l’émission m’intéresse, me plaît beaucoup.

Durant toutes ces années, j’ai pu faire partager aux téléspectateurs mes rencontres avec tellement d’artistes, des graveurs, des dessinateurs de timbres, Dali, Miro, Decaris, Gandon…

Avec des grands collectionneurs aussi. Comme Rainier de Monaco, le conservateur des collections de la Reine d’Angleterre, le grand-duc de Luxembourg…

En 1974, l’émission Télé-Philatélie est devenue Philatélie club.

Le timbre – le vrai, pas ces petites vignettes qui le remplacent désormais trop souvent -, cette œuvre d’art en petit format, source de savoir dans tous les domaines, et puis support pédagogique, lien entre les générations méritait que la télévision lui accorde du temps.

Et le mériterait sans doute toujours. Alors, avis aux… professionnels de la télévision d’aujourd’hui.

En attendant, j’ai hâte de voir le nouveau musée de La Poste, qui va rouvrir dans quelques semaines. Et la place que le timbre y tient. »

Propos recueillis par Rodolphe Pays

 

 


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