Paris de Dufy réussi au musée de Montmartre

On connaît Raoul Dufy (1877-1953) sans toujours savoir grand-chose de son œuvre pourtant considérable. S’il a beaucoup montré la Normandie et le midi, l’artiste s’est aussi intensément consacré à Paris.

Avec un accrochage une nouvelle fois original, le musée de Montmartre permet jusqu’en janvier de découvrir les visions de la capitale de ce grand plasticien du XXème siècle.

Près de 13 ans que Raoul Dufy n’avait pas été exposé à Paris. Le musée de Montmartre propose cet été et tout l’automne un accrochage consacré à sa vision de Paris.

Assez peu présent dans les collections des musées, pas si fréquemment exposé, on oublie bien souvent Raoul Dufy. Les « bonnes » raisons invoquées ne manquent pas : trop touche-à-tout, donc dilettante, trop prolifique, donc peu crédible, trop tourné vers le « bonheur », l’apparente légèreté, donc futile…

Les réputations – plus forgées au long  du XXème siècle par certains critiques que par les amateurs d’art – ont la vie dure, près de treize ans en effet que cet artiste de tous les talents n’avait vu son travail faire l’objet d’une présentation à Paris. Le « mal » est en partie réparé : le musée de Montmartre, toujours concepteur d’accrochages de grande qualité, fait fi des condescendances et lui consacre tout l’été et cet automne une très intéressante et éclairante exposition.

Et particulièrement originale, puisqu’elle s’attache à montrer le regard de Dufy sur Paris. Davantage connu pour avoir dépeint sa Normandie natale, son midi d’adoption et nombre de champs de course, Dufy a cependant très jeune tissé des liens – qui demeureront définitifs – avec la capitale. Et spécialement avec Montmartre (il a même séjourné un temps dans un des ateliers d’artistes installés à l’époque dans le musée), quartier où il a posé des années durant ses pinceaux et chevalets.

La relation de Dufy avec Paris s’est amorcée l’année de ses 13 ans à l’occasion d’un séjour passé chez un oncle et une tante lors de l’été 1890. Un courrier qu’il adresse le 4 juillet pour donner des nouvelles à ses parents dévoile déjà son attrait et son aptitude pour l’art et le dessin. Il y évoque un tableau de l’appartement « qui fait très bien là où il est », « les méthodes et les boîtes de peinture de mon oncle Besnier » et il signe sa missive d’un dessin légendé assez maîtrisé représentant un fiacre parisien de la compagnie de l’ouest.

Dans une lettre à ses parents lors de son premier séjour à Paris, le jeune Raoul Dufy dévoile déjà son attrait et son aptitude pour le dessin.

C’est cette lettre qui ouvre l’exposition. Suivie de deux autoportraits placés côte à côte – un « Rastignac » et un « moderne » – qui dévoilent déjà toute la richesse du vocabulaire pictural de l’artiste.

« En plus de son atelier de l’impasse Guelma à Montmartre, qui était un peu son ancrage parisien, Dufy avait des ateliers, ou plutôt des chambres qu’il utilisait pour travailler, un peu partout dans Paris, raconte Didier Schulmann, l’un des deux commissaires de l’exposition. Il a beaucoup peint tous ces endroits, et contrairement à ce qu’il a pu faire ailleurs, il n’a le plus souvent pas cherché à retranscrire l’agitation de la ville, les fiacres, les passants, ce qui l’a plus intéressé, ce sont les lieux, les bâtiments, leur âme. »

Didier Schulmann, co-commissaire de l’exposition : « En plus de celui de Montmartre, Dufy avait des ateliers, ou plutôt des chambres qu’il utilisait pour travailler, un peu partout dans Paris.  »

On retrouve ainsi par exemple, au fil de l’exposition, des toiles montrant à la fois l’intérieur de l’atelier Guelma, un bout de couloir étroit, une chambre qui se profile au fond, et son extérieur, via une porte-fenêtre grande ouverte, s’y dressent les façades des immeubles alentour, apparaît un fragment de trottoir…

Des salles de concert aussi (Dufy était un mélomane averti et éclectique, partout où il se déplaçait, il ne manquait pas d’assister à des spectacles musicaux). « Là encore, peu de spectateurs, peu de musiciens, explique Didier Schulmann. C’est le son des orchestres qu’il tentait de faire sentir, l’ambiance du lieu. »

En peignant des salles de concert, Dufy, mélomane averti, cherchait d’abord à rendre le son des orchestres, l’ambiance du lieu.

Plus avant dans l’expo, deux tableaux au sujet identique, le même bord de Seine près de Paris, la même demeure à l’arrière, et là non plus pas âme qui vive. L’un achevé, l’autre non. « La juxtaposition de ces deux œuvres pourrait éloquemment illustrer un des griefs faits à Dufy, celui de la profusion, de la non-sélection, indique Saskia Ooms, la conservatrice du musée et co-commissaire de l’exposition. Mais ce que cela nous apprend surtout, si Dufy conservait tout, c’est qu’il considérait que faire fausse route, se retrouver dans une impasse n’était pas un échec mais déjà une tentative, et que celle-ci faisait partie intégrante de son travail. »   

Dans la plupart des toiles présentées (pas toutes absentes de personnages, une salle est consacrée aux « nus » en atelier, une autre aux robes et leurs modèles, aux guerriers africains… ), on retrouve la « signature » de Dufy, sa patte, la distorsion entre le trait et la couleur. Après l’expérimentation, la confrontation avec les courants artistiques de sa jeunesse, sa période fauve, cubiste, le peintre a tracé sa voie, son originalité, l’expression qui convient le mieux à ses intentions : la couleur (notamment le bleu, pour Dufy « la seule couleur qui, à tous ses degrés, conserve sa propre individualité ») qui s’avance, s’invite, déborde, prend l’ascendant.

Présentée en trois volets, l’immense lithographie reproduisant la Fée électricité, l’œuvre la plus célèbre de Dufy (une commande de la Compagnie parisienne de distribution d’électricité pour l’exposition universelle de 1937), traduit à elle-seule ces caractéristiques du style du peintre. « Nous ne pouvions exposer les indéplaçables 600 mètres carrés de l’œuvre originale installée au musée d’art moderne de Paris, explique Saskia Ooms, mais la pièce que nous proposons est bien plus qu’une réplique, 70 %  de cette litho ont été retouchés par Dufy lui-même, il en a rehaussé des couleurs, modifié certains aspects, ajouté des éléments. »

Saskia Ooms, conservatrice du musée de Montmartre : « La lithographie de La Fée électricité que nous proposons est bien plus qu’une réplique, 70 % de cette reproduction ont été retouchés par Dufy lui-même. »

Paris est aussi très présent dans les autres disciplines auxquelles Dufy s’est consacré. Son art, son eccéité se retrouvent ainsi notamment dans l’intense activité de décorateur de tissu – mais il a aussi été graveur, céramiste, décorateur d’intérieur, de théâtre… – qu’il a exercée sans relâche durant une dizaine d’années, période pendant laquelle il a pratiquement abandonné la peinture.

« Nous avons choisi de dédier une salle entière de l’exposition à des sièges recouverts de tissus dessinés par Dufy et tissés par les ateliers de textile de Beauvais et Aubusson, explique Didier Schulmann. Les scènes représentées sur les assises et les dossiers de ces fauteuils montrent des bâtiments traditionnels de Paris, que Dufy a choisi de traiter avec tout son talent de manière à la fois convenue et comme un peu désinvolte. » 

Une salle entière de l’exposition est dédiée aux sièges recouverts de tissus dessinés par Dufy et tissés par les ateliers de textile de Beauvais et d’Aubusson.

Tissu toujours et sur le même thème que ces sièges, avec le large paravent que Dufy a conçu en partie d’après des gravures de Paris des XVIIème et XVIIIème siècles. Une vision actualisée, la Tour Eiffel apparaissant en bonne place de cette vue aérienne de la capitale.

Et puis des illustrations d’ouvrages, notamment de textes d’Apollinaire, qui fut un de ses amis, des études préparatoires pour des cartes de vœux, des gravures pour papiers à en-tête… Des photos des ateliers de l’artiste.

L’exposition présente aussi des illustrations d’ouvrages réalisées par Dufy, ainsi que des études préparatoires et des photos de modèles et d’ateliers du peintre.

Une exposition très riche (plus de 200 œuvres et documents), passionnante, abritée dans l’écrin merveilleux du musée de Montmartre… et prolongée jusqu’au tout début 2022.

Rodolphe Pays

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Le Paris de Dufy, jusqu’au 2 janvier 2022, au musée de Montmartre-Jardins Renoir, 12 rue Cortot, Paris 18ème. Ouvert tous les jours de 10 h à 19 h jusqu’en septembre, de 10 h à 18 h d’octobre à mars. Tél. : 01 49 25 89 39.

En savoir plus : https://museedemontmartre.fr/exposition/exposition-dufy-au-musee-de-montmartre/

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Un catalogue/livre d’art

C’est un catalogue bien sûr, celui de l’exposition, mais c’est bien plus que cela encore, un véritable ouvrage d’art – la marque de fabrique d’In Fine éditions d’art – qui ne dépare pas dans le rayon dédié aux beaux livres d’une bibliothèque.

Originalité en forme de clin d’œil (en même temps que de rappel historique), il s’ouvre par une lettre faisant part à Geneviève Rossillon, la présidente du musée de Montmartre, de la satisfaction de son auteur pour ce nouvel accrochage, missive signée… Raoul Dufy.

Et se poursuit par une succession d’essais écrits par Didier Schulmann et Saskia Ooms, les deux commissaires de l’exposition, ainsi que par Sophie Krebs, Romy Golan et Fanny Guillon-Laffaille, trois membres du comité scientifique ayant travaillé sur le projet.

Autant de textes, appuyés de photos d’archives, riches d’informations et de précisions sur la vie, l’œuvre, les multiples pratiques artistiques, les influences – reçues comme transmises -, les liens avec les marchands d’art de Raoul Dufy.

Toutes les œuvres exposées sont ensuite présentées et détaillées, avec un soin tout particulier apporté à la qualité des images. De la belle ouvrage…

Catalogue co-édité par le musée de Montmartre et In Fine éditions d’art (bilingue français/anglais – 175 pages – 19,95 euros).

En savoir plus : In Fine – Éditions d’art (infine-editions.fr)

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Article publié par les éditions DOCSITE, texte et photos Rodolphe Pays.

Napoléon ? Encore ! Et toujours…

Pour marquer le 200ème anniversaire de la mort de Napoléon Bonaparte, Le Musée de l’Armée a fait preuve d’une certaine audace : ajouter d’autres regards sur l’Histoire en donnant carte blanche à une trentaine d’artistes contemporains. Partagé ou dérangeant, un choix qui se révèle passionnant.

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L’Hôtel des Invalides, au cœur du Paris qui légifère ou fascine, entre palais Bourbon et Tour Eiffel … Un ensemble architectural classique, martial – œuvre de Bruant et Hardouin-Mansart – voulu par Louis XIV pour accueillir les infirmes et mutilés de guerre. Une vocation dont la Révolution s’est au final accommodée. Et que Napoléon (qui repose depuis 1840 au centre du site, sous le Dôme prolongeant l’église Saint-Louis des Invalides) a renforcée et élargie au point de faire de cet édifice monumental un lieu représentatif de la grandeur de la France et de ses institutions.

Musée de l’Artillerie dès 1871, devenu musée de l’Armée en 1905, siège d’organismes liés à la mémoire des anciens combattants, les Invalides abritent aussi la résidence et les services du gouverneur militaire de Paris. Et on s’y recueille encore aujourd’hui pour rendre hommage à des personnalités marquantes ainsi qu’à  des hommes et des femmes tombés pour le pays…

Difficile de faire plus officiel, plus symbolique d’une histoire « éternelle » de la France. Alors, les Invalides, icône intouchable ? Pas tout à fait. Et c’est bien ce qui a surpris l’historien et critique d’art Eric de Chassey lorsque les responsables du musée de l’Armée lui ont proposé d’être le commissaire d’une exposition « carte blanche » marquant le bicentenaire de la mort de Napoléon (commissariat mené conjointement avec Julien Voinot, chargé de collections au sein du musée de l’Armée).

Les Invalides, icône intouchable ? Pas tout à fait, l’exposition/parcours Napoléon ? Encore ! en témoigne.

« Quand j’ai été contacté pour ce projet il y a un peu plus de deux ans, je ne m’attendais pas forcément – Napoléon ne fait pas l’unanimité… – à ce que l’on m’accorde de laisser la plus grande liberté thématique et créative à des artistes contemporains, raconte-t-il. Mais c’est bien ce qui s’est passé, et l’idée m’a alors tout de suite passionné, pour moi une œuvre d’art ne détient pas une vérité, en cela elle ne s’oppose pas à l’Histoire, et c’est dans cet esprit que j’ai conçu l’exposition. »

Eric de Chassey, commissaire de l’exposition (en association avec Julien Voinot, chargé de collections au musée de l’Armée) : « Une oeuvre d’art ne détient pas une vérité, en cela elle ne s’oppose pas à l’Histoire. »

Pour le musée de l’Armée, qui se défend d’être le gardien de reliques sacrées et figées illustrant un discours accrédité, ce n’est d’ailleurs pas une première. « Faire appel à des artistes pour enrichir, compléter et actualiser les collections, porter d’autres regards sur l’Histoire n’est pas une posture opportune, c’est dans l’ADN du musée, rappelle Ariane Sarrazin, la directrice adjointe de l’établissement. Le général Niox, son premier directeur, avait dès 1914 envoyé sur le front des artistes comme Félix Vallotton pour témoigner de la guerre, plus tard une œuvre de Calder réalisée en 1942 a rejoint les collections, et depuis plus d’une dizaine d’années des photos contemporaines de conflits ont aussi été acquises… »

Ariane Sarrazin, directrice adjointe du musée de l’Armée : « Faire appel à des artistes pour enrichir les collections, porter d’autres regards sur l’Histoire, c’est dans l’ADN du musée. »

C’est à une trentaine d’artistes qu’Eric de Chassey a lui fait appel, dont une moitié d’étrangers, afin de prolonger cette « tradition » – tout de même relative jusqu’à présent – d’introduction de la modernité et de points de vue indépendants. Une liberté pour eux, en même temps qu’un challenge, la plupart de ces créateurs n’ayant jamais auparavant abordé la si complexe thématique « napoléonienne ».

« Avec eux, nous avons d’abord parlé du lieu, évoqué toutes ses dimensions, indique le commissaire d’exposition. A aucun de ces artistes, je n’ai demandé de concevoir tel ou tel type d’œuvre. Le résultat, c’est une très grande diversité des réalisations, sans filtre, avec de la profondeur, des critiques, de l’audace, des partis pris, de l’humour, de la poésie aussi… »

Le résultat, c’est aussi un équilibre qui évite tout autant l’écueil de l’aseptisation que celui de la stigmatisation. Avec beaucoup de rythme, de reliefs…

C’est donc une exposition, et c’est aussi un parcours. On retrouve toutes ces œuvres – peintures, sculptures, installations, vidéos… – disséminées sur l’ensemble du site, dans les salles de collections, les jardins, les galeries couvertes, les salons. Et dans le Saint des saints, Saint-Louis des Invalides (l’église des Soldats) et le Dôme qui surplombe le tombeau de Napoléon.

C’est d’abord une vision esthétique du couronnement de l’Empereur qui ouvre la visite : deux tableaux monochromes du peintre français d’origine chinoise Yan Pei-Ming inspirés d’esquisses de David. Un autre regard, une autre approche, plus « intime »…

Le couronnement de Napoléon vu par le peintre Yan Pei-Ming.

Tout à côté, au long du vaste « réfectoire des Cavaliers », une installation filmique d’Ange Leccia interroge sur le temps qui s’écoule, sept écrans laissent ainsi défiler des nuages de plus en plus tourmentés, une mer de plus en plus agitée. « Je suis corse moi aussi, l’insularité ne m’est pas étrangère, d’ailleurs l’atelier de l’artiste est aussi une forme d’île, commente-t-il. Ces images, c’est un parallèle avec Sainte-Hélène, la fin d’un cycle, les hommes passent, la nature reste ; je les ai tournées en Corse dans les mêmes conditions de distance par rapport à la mer que celles que connaissait Napoléon là-bas.

Ange Leccia : « Ces images de Corse, c’est un parallèle avec Sainte-Hélène. »

Il faut ensuite longer la cour d’honneur et rejoindre l’église Saint-Louis. Au plafond de celle-ci, des dizaines de drapeaux pris à l’ennemi. Et de part et d’autres du chœur, à hauteur d’homme, deux larges étendards brodés, œuvres de Kapwani Kiwanga, artiste canadienne vivant et travaillant à Paris.

« A proximité de ces trophées de vainqueurs, j’ai notamment voulu évoquer Haïti, et donc Napoléon, associer des représentations de drapeaux étatiques, militaires, faire apparaître les cultures catholique, syncrétiste, vaudou, africaines… , explique-t-elle. C’est comme un dialogue sur les batailles issues de la Révolution Haïtienne, qui intégrait les principes de la Révolution Française. Cela pose la question de ce qu’est une nation, sa complexité, de la trahison des idéaux aussi… » Une œuvre audacieuse, qui incite à la réflexion… à quelques dizaines de mètres de l’Empereur.

L’étendard brodé de Kapwani Kiwanga interroge sur « ce qu’est une nation, sa complexité, la trahison des idéaux… »

Auprès duquel le parcours se poursuit. Au pied de l’impressionnant tombeau – le vrai – installé en majesté au centre du Dôme, celui d’Edgar Sarin, sur pilotis, qui renvoie à une forme de construction vernaculaire, comme recouverte de torchis. Simple, dépouillé. En miroir à l’imposante sépulture de quartzite rouge, comme un retour à la raison…

Comme un retour à la raison aussi, la création de Pascal Convert, laquelle suscite cependant un certain émoi chez les orthodoxes du culte napoléonien. L’œuvre et sa position apparaissent particulièrement spectaculaires : il ne s’agit pas moins que la réplique en 3D du squelette de Marengo – l’original est exposé au musée de l’Armée à Londres -, le cheval monté par Napoléon à Waterloo (fait prisonnier par les anglais à l’issue de la bataille), suspendue au-dessus du tombeau de l’Empereur.

Pascal Convert : « Cette installation, c’est comme un traîneau vers l’au-delà… , ce squelette, c’est aussi un signe de partage entre les anglais et nous… »

« Ce n’est pas une production activiste, des chevaux accrochés au dessus des tombes des guerriers, on en a vu en Sibérie par exemple, et en 14-18 des fantassins et leurs montures ont été ensevelis ensemble, argumente Pascal Convert. Cette installation, c’est comme un traîneau vers l’au-delà. Et puis, ce squelette, ce n’est pas rien, c’est aussi un signe de partage entre les anglais et nous, parce que cela n’a pas été si simple de monter ce projet, de convaincre de sa dimension universelle. »

Le célèbre bicorne de Napoléon ne pouvait être oublié. On le retrouve sculpté par Julian Schnabel dans les jardins des Invalides, ou traité par Stéphane Calais à la façon de Max Ernst, un tableau aux couleurs riches et précieuses un peu plus que malicieusement intitulé C’est le chapeau qui fait l’homme.

De l’humour aussi avec « A bad Place », l’installation du collectif britannique Art & Language, qui signale la présence des pierres tombales de la sépulture de Napoléon à Sainte-Hélène. Ramenées en France, elles sont aujourd’hui « abandonnées » dans un coin de jardin quasi clandestin.

« A bad Place », l’humour du collectif britannique Art & Language.

Humour encore, avec deux toiles de la jeune artiste chinoise Shu Rui, qui traite le sujet en « touriste » à travers des objets dérivés virtuels – souvenirs, quotidien… – évoquant Napoléon. Et dans le Salon des Trophées, où Hélène Delprat réinvente des bannières, roses et affichant des écureuils armés de faux, le couronnement façon BD d’un l’Empereur au visage tintinolesque… « Ce qui m’intéressait, c’était de m’approprier l’espace, de tout décaler, s’amuse l’artiste. C’était le plaisir de l’imagerie, pas une prise de position. »

A l’humour succède la gravité. Celle que décrit Juliette Green par un tableau où, dans un large lacet qui serpente, elle fait figurer 533 000 minuscules silhouettes. Les 533 000 « personnes » – soldats, cantinières, vivandières, lavandières, compagnes… – engagées dans la Campagne de Russie en 1812.

Les 533 000 personnes de la Campagne de Russie, dessinées une à une par Juliette Green.

La place de la femme dans l’épopée napoléonienne, si souvent ignorée, est également évoquée par Célia Muller. « Je me demandais comment aborder Napoléon en 2021, est venue la place de la femme, notamment parce que je m’intéressais à Mme de Staël, la quatrième ennemie de l’Empereur, indique-t-elle. Alors j’ai réalisé ce portrait de soldat au visage de femme – dans une pose inspirée d’une gravure représentant le Maréchal Jourdan -, en hommage à une cantinière de la Grande Armée ayant eu 21 enfants. »

Célia Muller a choisi de rappeler la présence des femmes dans l’épopée napoléonienne.

Et de la poésie, étonnante, comme une douceur, un apaisement extirpé de la brutalité. Pablo Gosselin, jeune artiste parrainé par Pascal Convert (cinq des jeunes créateurs exposés ont ainsi été conseillés par des artistes confirmés également présents au sein de l’accrochage) a choisi de fondre et de faire réagir chimiquement des plombs d’armes à feu. L’effet obtenu est saisissant. La lourdeur du matériau s’est transformée en dentelle, la grisaille en nuances de couleurs… Entourant un portrait « officiel » d’Ingres, fixé à même les murs, le plomb devenu inoffensif s’est mué en nuées d’abeilles. « C’est un peu comme des tirs heureusement loupés, des fleurs de blessure, des archipels inconnus… », résume Pablo Gosselin.

Du plomb à la dentelle, à la poésie, par Pablo Gosselin.

La campagne d’Espagne, l’influence de la mythologie, la place et le rôle des statues, la « virilité » sont autant de thèmes également traités dans ce long et passionnant parcours. « Artistes et historiens poursuivent la même démarche, estime Ariane Sarrazin. Ils questionnent, n’apportent pas de réponse. » Ils questionnent, sans aucun doute. Il arrive aussi que des réponses soient dans la question. L’avis est à se faire sur place. Entre palais Bourbon et Tour Eiffel…

Rodolphe Pays

Napoléon ?  Encore !, un parcours d’art contemporain. Jusqu’au 30 janvier 2022, musée de l’Armée, Hôtel national des Invalides, 129 rue de grenelle, Paris 7ème (ouvert tous les jours de 10 h à 18 h, nocturne le mardi jusqu’à 21 h).

Tél. : 01 44 42 38 77. Site internet : musee-armee.fr

Tarifs exposition, parcours d’art contemporain et collections permanentes :

  • plein tarif : 14 €
  • tarif réduit 11 €

D’autres images…

Pour cette exposition/parcours consacrée à Napoléon, la vidéaste Laure Subreville a choisi de s’intéresser à la virilité, elle a ainsi filmé des jeunes hommes, tous un peu en marge, s’affrontant, luttant… « Pour moi, ces images entrent en résonance avec Napoléon et ses lieutenants, ces hommes nouveaux, très jeunes, emplis de rêves d’aventures, de gloire, de fidélité. »

Laure Subreville a filmé de jeunes adultes luttant entre eux, une manière de réfléchir sur la jeunesse, la virilité, les rêves d’aventures de Napoléon et de ses lieutenants.

Créatrice de performances remarquées – souvent extrêmes et provocatrices – dans le monde entier depuis des décennies, Marina Abramovic, native de Belgrade, a aussi privilégié l’image. Elle s’est filmée assise sur un cheval blanc statique, portant un grand étendard blanc. Un hommage à son père, héros de la résistance yougoslave lors de la Seconde Guerre mondiale. Et vision allégorique de l’idée de reddition, celle de la Yougoslavie démantelée avec l’appui des pays européens et des Etats-Unis, celle de l’empire français, vaincu en 1815 par une coalition européenne.

En se filmant sur un cheval blanc, un étendard blanc en mains, Marina Abramovic parle de reddition, d’acceptation, de résilience, établit une connexion entre sa Yougoslavie natale et la fin du Premier empire.

Article publié par les éditions DOCSITE, texte et photos Rodolphe Pays.

Jacqueline Caurat : « Le timbre mériterait toujours que la télévision lui accorde du temps »

« Ce qui me faisait le plus plaisir dans les réactions des téléspectateurs, c’était les gens qui me disaient, je ne suis pas philatéliste, mais ce que vous faites et ce que vous dites dans l’émission m’intéresse, me plaît beaucoup. »

C’est une grande dame de la télévision et une grande dame de la philatélie.

Collectionneuse de timbres dès le plus jeune âge, Jacqueline Caurat, comédienne un temps dans les années 1950, a d’abord rejoint le petit écran en tant que speakerine.

Et puis très vite comme journaliste de l’émission Télé-Philatélie, qu’elle a créée avec son mari Jacques Mancier. L’aventure durera 22 ans…

Elle raconte…

« Mon père était collectionneur, d’ailleurs sans plus, mais c’est quand même son intérêt pour les timbres qui a éveillé en moi le goût de la philatélie.

J’ai commencé vraiment à collectionner à mon tour à l’adolescence, en récupérant des timbres, en échangeant aussi entre amis, une pratique courante à l’époque.

Jacqueline Caurat et son mari Jacques Mancier ont créé en 1961 l’émission Télé-Philatélie. L’aventure durera 22 ans.

J’étais attirée par la thématique de l’histoire, par celle de la politique aussi, tout ça m’intéressait beaucoup.

Mais également par tout ce qu’il y a derrière les timbres, c’est à dire les cachets, les marques postales, qui racontent aussi tellement de choses.

J’ai continué à collectionner même quand je suis entrée dans la vie professionnelle. C’était après la guerre, j’ai alors été quelques années comédienne. Presque un paradoxe pour moi, que mes cousins appelaient « la môme cerise », tellement je rougissais facilement.

Mais je rêvais plutôt de réalisation, de mise en scène, ce que d’une certaine façon j’ai fait par la suite sur le petit écran. Là encore, comme pour les timbres, c’était la curiosité qui me menait.

« Jean Cocteau venait de dessiner le nouveau timbre Marianne. Il a été l’invité de la première émission, que nous avons réalisée chez lui, dans sud de la France. Le programme a immédiatement été rendu célèbre par le fait que lors du tournage, Cocteau m’a demandé mon bâton de rouge à lèvres pour reproduire sur une vitre le visuel de la Marianne. »

Et puis j’ai rejoint la télévision, après avoir répondu à une annonce. Ils cherchaient quelqu’un qui parlait anglais pour traduire ce que les commentateurs britanniques disaient à l’antenne lors du couronnement de la Reine d’Angleterre. J’étais bilingue, ma carrière à la télévision a démarré comme ça.

J’ai poursuivi comme speakerine, en commençant notamment par annoncer des émissions destinées aux enfants et des services religieux. J’ai exercé ce métier aujourd’hui disparu une vingtaine d’années.

Assez vite, j’ai aussi découvert que les PTT de l’époque, à des fins pédagogiques et ludiques, donnaient des timbres aux écoles. Je me suis alors dit, pourquoi ne pas faire une émission à la télé qui parle des timbres, montre tout ce qu’ils peuvent apporter en connaissances, en culture, en plaisir aussi.

J’en ai parlé à Claude Darget, qui travaillait aussi à la télé et était un philatéliste passionné. Ca l’intéressait, mais la direction en place n’a pas donné suite. Heureusement, l’historien Albert Ollivier a alors été nommé à la tête des programmes de la chaîne.

Un bloc-feuillet de 4 timbres a été émis en 2011 à l’occasion du cinquantième anniversaire du lancement de l’émission Télé-Philatélie. Le Musée de La Poste s’était associé à l’événement.

J’ai évoqué avec lui mon projet, arguant du fait que les timbres, c’était avant tout des images. Il m’a dit je vous donne votre chance, faites cette émission.

C’est comme cela que Télé-Philatélie est né.

L’autre chance, c’est qu’à ce moment-là, Jean Cocteau venait de dessiner le nouveau timbre Marianne. Il a été l’invité de la première émission, que nous avons réalisée chez lui, dans sud de la France. Le programme a immédiatement été rendu célèbre par le fait que lors du tournage, Cocteau m’a demandé mon bâton de rouge à lèvres pour reproduire sur une vitre le visuel de la Marianne.

« Durant toutes ces années, j’ai pu faire partager aux téléspectateurs mes rencontres avec tellement d’artistes, des graveurs, des dessinateurs de timbres, Dali, Miro, Decaris, Gandon… »

C’était parti… pour 22 ans d’émissions consacrées à la philatélie.

Ce qui me faisait le plus plaisir dans les réactions des téléspectateurs, c’étaient les gens qui me disaient, je ne suis pas philatéliste, mais ce que vous faites et ce que vous dites dans l’émission m’intéresse, me plaît beaucoup.

Durant toutes ces années, j’ai pu faire partager aux téléspectateurs mes rencontres avec tellement d’artistes, des graveurs, des dessinateurs de timbres, Dali, Miro, Decaris, Gandon…

Avec des grands collectionneurs aussi. Comme Rainier de Monaco, le conservateur des collections de la Reine d’Angleterre, le grand-duc de Luxembourg…

En 1974, l’émission Télé-Philatélie est devenue Philatélie club.

Le timbre – le vrai, pas ces petites vignettes qui le remplacent désormais trop souvent -, cette œuvre d’art en petit format, source de savoir dans tous les domaines, et puis support pédagogique, lien entre les générations méritait que la télévision lui accorde du temps.

Et le mériterait sans doute toujours. Alors, avis aux… professionnels de la télévision d’aujourd’hui.

En attendant, j’ai hâte de voir le nouveau musée de La Poste, qui va rouvrir dans quelques semaines. Et la place que le timbre y tient. »

Propos recueillis par Rodolphe Pays

 

 

Sylvain Kastendeuch : footballeur… et philatéliste

Footballeur talentueux et exemplaire près de 20 ans durant, Sylvain Kastendeuch a aussi été un philatéliste acharné dans sa jeunesse.

Footballeur talentueux et exemplaire près de 20 ans durant, Sylvain Kastendeuch a aussi été un philatéliste acharné dans sa jeunesse.

Son lien avec La Poste ne s’est jamais interrompu, depuis sa formation de joueur au sein de l’ASPTT à sa présence régulière lors d’événements organisés autour du sport par l’entreprise.

« J’ai découvert la philatélie tout gamin à travers les albums de timbres d’un oncle. Ils étaient stockés chez ma grand-mère, chez qui j’allais souvent en vacances. Je les ai feuilletés, et puis, ces petites images, ça m’a intéressé, ça m’a donné envie.

« J’ai découvert la philatélie tout gamin à travers les albums de timbres d’un oncle. C’est comme ça que j’ai commencé à collectionner… en piochant d’abord dans les albums de cet oncle. Je m’y suis consacré jusqu’à l’adolescence, après je suis passé à autre chose, au foot essentiellement… »

C’est comme ça que j’ai commencé à collectionner… en piochant d’abord dans les albums de cet oncle.

J’avais une dizaine d’années à l’époque, je m’y suis consacré jusqu’à l’adolescence, après je suis passé à autre chose, au foot essentiellement…

Ce qui m’a d’abord plu dans la philatélie, c’est déjà l’idée de collection, d’accumuler le plus de timbres possible, on en veut toujours davantage, ça devenait même une sorte d’addiction.

Je m’attachais aussi beaucoup à leur valeur, leur rareté, leur taille, leur ancienneté…

Et puis les timbres illustraient la plupart des domaines qui m’attiraient, l’histoire, la géographie, les monuments…

Ils étaient le point de départ de recherches pour en savoir plus. On n’avait pas internet alors, c’est dans les bouquins, les dictionnaires que je complétais mes connaissances.

C’était – c’est – une manière très plaisante de s’instruire.

J’étais assez insatiable, je collectionnais tout. J’avais des albums par pays, par thèmes.

Pour me procurer des timbres, je n’échangeais pas tellement avec des copains. C’était plutôt une activité solitaire. Je m’étais quand même constitué un petit réseau, assez familial.

« Même si je ne m’en occupe plus depuis longtemps, j’ai toujours conservé mes albums. J’ai encore en tête certains timbres, illustrés d’animaux, de monuments, de drapeaux, des célèbres « semeuses. »

J’avais notamment une tante qui recevait pas mal de courriers de partout, je ne sais plus vraiment pourquoi, j’en récoltais un grand nombre, ça a bien enrichi ma collection.

J’aimais bien aussi les opérations pour décoller les timbres, l’eau chaude, la vapeur, les précautions, tout un rituel. Là-encore, c’est un truc assez personnel, on gère seul ses timbres, on les regarde, on les met en place…

Même si je ne m’en occupe plus depuis longtemps, j’ai toujours conservé mes albums. J’ai encore en tête certains timbres, illustrés d’animaux, de monuments, de drapeaux, des célèbres « semeuses ».

« C’est vrai qu’aujourd’hui il y a moins de courrier qui circule, mais j’espère quand même que le timbre restera un vecteur d’apprentissage, d’ouverture, de culture…Peut-être peut-on faire un parallèle avec les vignettes Panini, dont on prédisait la disparition et qui au final sont toujours appréciées. »

Je ne collectionne plus, mais quand même je garde les supports de communication – collectors, invitation, documents divers… – que l’on m’envoie et qui sont affranchis de beaux timbres ou de timbres commémoratifs ou événementiels. C’est au fond un peu une manière de prolonger ce hobby.

C’est vrai qu’aujourd’hui il y a moins de courrier qui circule, mais j’espère quand même que le timbre restera un vecteur d’apprentissage, d’ouverture, de culture… Restera aussi un lien entre les générations, parce que c’est une passion de tous les âges…

Peut-être peut-on faire un parallèle avec les vignettes Panini, dont on prédisait la disparition et qui au final sont toujours appréciées.

En tant que maire adjoint de Metz dans les années 2000 ou comme président de l’Union des Footballeurs Professionnels depuis 2006, Sylvain Kastendeuch (au centre de la photo) a été présent lors de nombreux événements parfois organisés en partenariat avec La Poste.

Ce qui est encourageant, c’est que l’on voit encore pas mal de marchands de timbres. Dans le passage des Panoramas, à Paris, tout près du siège de l’Union Nationale des Footballeurs Professionnels, il en reste plusieurs qui semblent très actifs.

Au-delà des timbres, j’ai toujours eu des liens avec l’univers de La Poste. D’abord parce que mon premier vrai club formateur, ça a été l’ASPTT de Metz. Et puis par la suite j’ai eu des contacts réguliers avec les gens de La Poste, à l’occasion de manifestations liées au soutien de l’entreprise à des compétitions ou encore à l’arbitrage.

On dit souvent que les gens collectionnent les timbres jeunes et qu’ils reprennent cette activité une fois leur vie active bien en place… Qui sait, c’est peut-être l’occasion pour moi de m’y remettre… »

Propos recueillis par Rodolphe Pays

Footballeur, maire-adjoint et dirigeant sportif

Originaire d’Hayange, en Moselle, Sylvain Kastendeuch a notamment démarré sa carrière de footballeur à l’ASPTT de Metz. Il a été joueur professionnel de 1982 à 2001.

Sylvain Kastendeuch et Philippe Piat coprésident l’Union Nationale des Footballeurs Professionnels.

Sylvain Kastendeuch a disputé près de 600 matches en ligue 1 – au FC Metz, à l’AS Saint-Etienne et au Toulouse FC – sans prendre un seul carton rouge, une performance pour un défenseur.

Il compte aussi neuf sélections en équipe de France (de 1987 à 1989).

De 2001 à 2008, Sylvain Kastendeuch a été maire-adjoint de Metz, chargé de la jeunesse et des sports.

Depuis 2006, il est coprésident de l’Union Nationale des Footballeurs Professionnels (UNFP). Il est également président de la Fédération Nationale des Associations et des Syndicats de Sportifs (FNASS), le syndicat des footballeurs, rugbymen, basketteurs, handballeurs et cyclistes.

Pierre Perret : « Mon goût de la découverte, du monde s’est éveillé à travers les timbres »

« Les timbres, j’ai commencé à m’y intéresser, j’avais 6 ou 7 ans. Mon tonton Etienne, militaire de carrière affecté à l’époque en Syrie, en ramenait lors de ses permissions. » (Photo David Bakhoum)

Les personnalités publiques n’y échappent pas : nombreuses elles-aussi collectionnent ou ont un temps collectionné les timbres.

Comme Pierre Perret, chez qui la philatélie a déclenché le goût du voyage, de l’ailleurs, des autres…

« Les timbres, j’ai commencé à m’y intéresser, j’avais 6 ou 7 ans. Mon tonton Etienne, militaire de carrière affecté à l’époque en Syrie, en ramenait régulièrement lors de ses permissions.

Il y avait des timbres de Syrie, bien sûr, mais aussi de Mauritanie, du Maroc, de toutes sortes d’endroits qui me faisaient rêver.

« Je me souviens d’un des premiers cadeaux de mon oncle Etienne, une planche de vignettes des Alaouites, c’était un trésor pour moi, une ouverture sur le monde, j’ouvrais de grands yeux. »

Je me souviens d’un de ses premiers cadeaux, une planche de vignettes des Alaouites, c’était un trésor pour moi, une ouverture sur le monde, j’ouvrais de grands yeux.

A ce moment-là, c’étaient des choses que l’on ne voyait guère, pas ou peu de télévision, de cinéma, pour le tout petit gars de Castelsarrasin que j’étais alors, ces images, c’était des initiations à l’exotisme.

Mon goût de la découverte, du monde s’est éveillé là, à travers les timbres.

« Ado, j’avais déjà un petit orchestre, on jouait dans les fêtes de village, les maigres recettes que j’en retirais, je les consacrais pour moitié aux timbres. » (Pierre Perret, saxophone en mains, est à droite sur la photo).

Un peu plus tard, j’ai vraiment commencé à collectionner. J’avais 13 ou 14 ans, des copains s’y intéressaient aussi. Mon thème, c’était la France. Et très vite les timbres anciens, les « Napoléon » par exemple.

Mais je n’avais pas les moyens de me les payer. Alors je faisais des économies.

Ado, j’avais déjà un petit orchestre, on jouait dans les fêtes de village, les maigres recettes que j’en retirais, je les consacrais pour moitié aux timbres.

Après, quand ça a commencé à décoller pour moi dans la musique, j’ai un peu laissé tomber.

« J’ai fait plusieurs chansons autour de l’univers postal, La philatélie, Les postières, Avant on s’écrivait… La Poste, c’est un peu comme une sorte de fil rouge finalement. »

Mais j’ai fait plusieurs chansons autour de l’univers postal, La philatélie, Les postières, Avant on s’écrivait

La Poste, c’est un peu comme une sorte de fil rouge finalement.

Au milieu des années 1970, alors que ça marchait vraiment bien – je faisais 150 spectacles par an, mes disques se vendaient beaucoup -, j’ai décidé de prendre une année sabbatique, qui s’est d’ailleurs transformée en quasiment deux années sabbatiques.

On est partis pour un tour du monde. Au fond, c’était pour voir en vrai ce que j’avais entrevu dans les timbres.

« Le Musée de La Poste, je l’ai visité il y a longtemps, avec mon ami Louis Mexandeau, qui était alors ministre des PTT.
Et je serais heureux d’y retourner à sa prochaine réouverture. Et d’y voir en particulier tous les timbres qui seront exposés. Toujours histoire de rêver. »
(Photo DR)

Aujourd’hui, je n’ai plus mes albums de timbres, on me les a fauchés, chez moi. C’est comme ça. Il me reste quand même quelques planches, notamment sur le monde sous-marin, des timbres que j’ai aimé collectionner aussi.

Le Musée de La Poste, je l’ai visité il y a longtemps, avec mon ami Louis Mexandeau, qui était alors ministre des PTT. Il m’avait dit « viens, il y a des tas de choses qui vont t’intéresser ». Il avait raison.

Et je serais heureux d’y retourner à sa prochaine réouverture. Et d’y voir en particulier tous les timbres qui seront exposés. Toujours histoire de rêver. »

Propos recueillis par Rodolphe Pays

Pierre Perret est né le 9 juillet 1934 à Castelsarrasin, dans le Tarn-et-Garonne. Auteur-compositeur-interprète, il a enregistré ses premières chansons dès 1957. Et n’a cessé depuis de produire des albums.

Dans le plus récent, « Humour liberté », sorti il y a quelques mois, le chanteur rend notamment hommage à ses copains de Charlie-Hebdo.

Pierre Perret a également publié de nombreux ouvrages autobiographiques et gastronomiques.


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