Musée de La Poste : en timbres et en photos, les visages de la République et de la France

Deux bonnes raisons de faire un saut au musée de La Poste cet été : l’expo sur les timbres Marianne, leurs géniteurs, leurs auteurs, leurs significations, les œuvres qui les illustrent… ; et un projet initié par Yan Arthus-Bertrand, 1500 photos de clients, plus joyeuses et complices les unes que les autres, prises partout en France par leurs facteurs.

L’exposition « Marianne, les visages de la République » est présentée au coeur des collections du musée de La Poste.

Les actualités parfois, souvent, se percutent. Avec bonheur ou non… C’est alors que le musée de La Poste consacre une jolie exposition aux timbres « Marianne » que l’annonce de l’abandon de la Marianne rouge, rapide en acheminement, est tombée. Exit donc le 1er janvier prochain « L’engagée » (c’est le nom, apparaissant un peu paradoxal aujourd’hui, qu’on lui a donné) choisie en 2018 par le Président de la République…

Restera la « verte », plus lente mais plus vertueuse dit-on, pour aiguiller – ce sera désormais en trois jours – les courriers qui résistent encore au numérique. Rouge ou vert, ces timbres et les œuvres dont ils sont issus figurent au sein de l’accrochage que le musée propose tout l’été afin d’honorer ces « Marianne » qui se sont succédé à travers le temps. Et tout spécialement celles apparues tour à tour depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

« Si la Marianne en tant que symbole de la République et de la liberté est née en 1792, figurant ainsi sur les sceaux et les monnaies de l’époque, elle n’a plus été prépondérante, en particulier dans ses représentations philatéliques, aux XIXème et début du XXème siècles, explique Monika Nowaka, la co-commissaire de l’exposition, ce n’est qu’à partir de 1944 qu’elle a de nouveau eu droit de cité, repris toute sa place, et c’est pourquoi nous avons choisi de raconter depuis lors son histoire, ses évolutions, les intentions qu’on lui prête, qu’elle exprime… »

Et ces petites vignettes, ces timbres d’usage courant comme on les nomme communément, ces « messagers » officiels, sont loin d’être anodines, anecdotiques. Loin d’être hasardeuses aussi. Elles disent beaucoup sur l’état d’esprit, le positionnement politique ou culturel de leur initiateur, le Président de la République.

Les projets refusés, comme ici, sont autant d’indications sur la volonté de communication, l’importance du message à véhiculer.

Le choix l’artiste comme celui de l’œuvre retenue – les projets refusés aussi – sont autant d’indications sur sa volonté de communication, l’importance du message ainsi véhiculé.

Présentée au cœur des collections du musée, tout près du panorama des timbres, en une centaine de pièces l’exposition raconte ainsi un peu d’Histoire de France à travers l’histoire des Marianne.

En 2018, signe des temps et des tendances, Emmanuel Macron avait jeté son dévolu sur le travail d’une street artiste, Yseult YZ Digan. La Marianne « engagée » de la créatrice, bonnet phrygien sur la tête, s’affichait à la fois boudeuse et volontaire. Modernité, désir de bousculer…

« Marianne, l’engagée », créée par la street artiste Yzeult YZ Digan, a été choisie par Emmanuel Macron en 2018.

La précédente, voulue par François Hollande, dite « Marianne de la jeunesse », avait un peu fait polémique. Bien que délicate, presque « botticellienne », on lui reprochait, et son auteur, Olivier Ciappa, ne s’en cachait pas, d’être inspirée par la femen Inna Shevchenko. Air du temps, provocation…

Les « Marianne » de Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Quelques années auparavant, le choix de Nicolas Sarkozy, n’avait pas suscité autant d’émoi. Le profil neutre, un rien triste dessiné par Yves Beaujard, ne devait pas détourner le regard des étoiles « européennes » disposées tout autour… Europe, quand tu nous tiens…

Et ainsi on remonte le temps. Avec la Marianne du deuxième mandat de Jacques Chirac, stylisée, comme surgie d’une fleur, préoccupation – au moins affichée – pour l’environnement… Communication…

Précédemment, après sa première élection, Jacques Chirac avait donné son feu vert à une Marianne plus discrète laissant une large place à la devise de la République figurant en haut du timbre. Liberté, égalité, fraternité, message consensuel, fédérateur, irréprochable… Facilité…

La Marianne choisie par Jacques Chirac lors de son premier mandat présidentiel faisait aussi apparaître la devise « Liberté, égalité, fraternité ».

François Mitterrand, Président à deux reprises lui-aussi, avait replacé sur la tête de Marianne le bonnet phrygien que son prédécesseur, Valéry Giscard d’Estaing, avait retiré. Affirmation politique, contrepied…

Georges Pompidou, en bon banquier, avait auparavant, tout en conservant une Marianne réduite, favorisé l’indication du prix du timbre, histoire de faciliter le tri entre tarif rapide et tarif lent… L’économie a ses raisons…

Et Charles de Gaulle, une dizaine d’années avant, qui valide le projet de Marianne dessiné par Jean Cocteau (dont on dit qu’elle aurait le profil de Jean Marais… ).

En 1961, Jean Cocteau, à la demande d’André Malraux, dessine une Marianne qu’approuvera Charles de Gaulle.

Et René Coty, dans les années 1950, et De Gaulle encore après la guerre…

Tous ces timbres, leurs dessins originaux, leurs concurrents malchanceux sont accompagnés des photos officielles de tous les présidents qui les ont validés.

Et là-encore, il y a matière à observation. La communication, le message, la « patte » sont partout.

De Gaulle en grand habit, regard à gauche, main droite posée sur des livres. Pompidou, à l’identique, mais regard à droite, sans livres cette fois. Giscard, portrait serré, en tenue de ville, lui seul. Mitterrand, portrait serré aussi, livre ouvert en main. Chirac, l’Elysée au fond, léger sourire, comme pour dire « j’y suis ». Sarkozy, drapeaux français et européen, bras ballants, ventre rebondi. Hollande, dans les jardins de l’Elysée, bras ballants lui-aussi, pelouse sombre, ciel « cramé », photo normale. Macron, debout devant son bureau, deux mains agrippées sur les bords…

A quand la prochaine Marianne. On a hâte… En attendant, c’est à voir au musée de La Poste.

Texte et photos Rodolphe Pays

« Les visages de la République », jusqu’au 17 septembre au musée de La Poste, 34 boulevard de Vaugirard, Paris 15ème. Ouvert tous les jours (sauf le mardi) de 11 h à 18 h. En savoir plus : www.museedelaposte.fr

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Visages de France, l’installation

A voir tous les week-ends au musée de La Poste jusqu’au 18 septembre.

Le photographe Yann Arthus-Bertrand aime bien son facteur. Aime bien le courrier aussi. Ca lui a donné une idée. Ainsi a-t-il proposé à La Poste il y a quelques mois de rendre un hommage photographique aux porteurs quotidiens de lettres et à leurs clients. Résultats des centaines de facteurs ont pris des clichés des gens à qui ils distribuent leur courrier. Mères de familles, retraités, commerçants, artisans, paysans…

Pris par des centaines de facteurs, des clichés de leurs clients, artisans, commerçants, mères de famille

1500 de ces photos font l’objet tout cet été d’une installation visible tous les week-ends (gratuitement) au 7ème étage du musée.

A voir dans le prolongement (ou pas) de l’expo « Les visages de la République ».

« Visages de France », une installation proposée tous les week-ends au musée de La Poste jusqu’au 18 septembre.    

Au théâtre tous les soirs de l’été, avec Boule de suif et André Salzet

Théâtre, puis souper… Dans l’heureuse tradition.

Le Lucernaire, à Paris, offre ainsi tout l’été de belles soirées en perspective avec la reprise par le comédien André Salzet d’une remarquable adaptation de Boule de suif.

Et à l’issue du spectacle, on peut (bien) diner sur place…

André Salzet reprend tout l’été Boule de suif au Lucernaire, à Paris.

Flaubert n’avait pas eu besoin de travailler le compliment pendant des jours ni d’appuyer son point du vue de ses phrases ciselées et imparables, de Boule de suif, il avait simplement déclaré « C’est un chef-d’œuvre ».

Et comment contredire ou seulement même nuancer le « constat » de l’auteur de Madame Bovary, de Salammbô, ou encore de L’Education sentimentale… ?

La nouvelle de Maupassant est rien moins qu’un bijou, en quelques dizaines de pages tout y est, tout est dit, la virtuosité de l’écriture, son implacable acuité, la raillerie – sans exclusive, à l’exception de l’infortunée Elisabeth Rousset, alias Boule de suif – qui fait d’autant plus mouche qu’elle est distillée avec un humour aussi sarcastique qu’élégant.

Boule de suif : un huis clos entre auberge et diligence, entre mesquineries et indignité (aquarelles de Georges Scott).

Hommes et femmes confondus, tout ce petit monde, contraint dans son univers et ses mesquines habitudes par la guerre de 1870, en prend pour son grade. Aristocrates, bourgeois, nouveaux riches, religieuses, républicain révolutionnaire, personne n’est épargné… Au-delà de la forme, Célinien avant l’heure au fond.

Amoureux de toujours des beaux textes – il a monté et joué des œuvres majeures de Zweig, Kafka, Flaubert… -, le comédien André Salzet ne pouvait passer à côté d’un tel joyau littéraire. Avec Sylvie Blotnikas, qui en a aussi assuré la mise en scène, il l’a adapté et proposé au public l’an dernier, notamment au théâtre Lucernaire à Paris ainsi qu’en province. Et il reprend le spectacle tout cet été dans la capitale, à nouveau au Lucernaire.

Soutien de toujours du théâtre, le Lucernaire c’est aussi du cinéma, des expos photos, une librairie, un restaurant…

Seul en scène, André Salzet passe d’un huis clos à l’autre, de la diligence qui emmène une dizaine de passagers se mettre à l’abri des Prussiens à l’auberge où ils seront retenus pour une ignoble raison par un officier ennemi.

Il endosse avec brio ces personnages tristement pittoresques, imbus d’eux-mêmes, odieusement versatiles, prompts à se dédire, à composer obséquieusement pour sauver ce qui peut l’être. Dignité mise à part… Et il campe une Boule de suif infiniment humaine, sans illusion, pourvue, elle, de vraie noblesse…

André Salzet endosse avec brio ces personnages tristement pittoresques, imbus d’eux-mêmes…

Les journaux spécialisés ne s’y trompent pas : pour L’œil d’Olivier, le spectacle est « bouleversant », pour L’Avant-Scène, il est « chargé d’humour et d’émotion », et pour La Terrasse c’est « un pur plaisir ». Ce « pur plaisir », ce chef d’œuvre, dure tout l’été, il est temps de le partager…

Rodolphe Pays

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« Boule de suif », de Guy de Maupassant, avec André Salzet, durée du spectacle 1 heure, du 29 juin au 31 août, à 19 h du mercredi au samedi, à 15 h 30 le dimanche.

Rencontre avec l’équipe artistique vendredi 1er juillet à l’issue de la représentation.

Relâche du 27 au 31 juillet.

Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris 6ème (renseignements et réservations au 01 45 44 57 34 ou via www.lucernaire.fr).

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Réservation restaurant : 01 45 48 91 10 ou via www.lucernaire.fr

Saint-Pierre et Miquelon, terre de pionniers et d’aventuriers

On ne sait pas toujours la situer. Pourtant Saint-Pierre et Miquelon mérite d’être connue. Et reconnue. Pour sa beauté singulière, son histoire tumultueuse, ses habitants nourris des vies aventureuses de leurs aînés.

Les historiens ne l’ignorent pas, au petit jeu de savoir qui a découvert quoi, on perd à tous les coups. Christophe Colomb n’a pas été le premier à rallier l’Amérique, d’autres, et bien avant lui, y étaient déjà parvenus. En langage contemporain, on peut simplement dire qu’il a été le navigateur ayant le mieux « médiatisé » son débarquement de 1492 sur les côtes du Nouveau Monde…

Jacques Cartier prend possession de Saint-Pierre et Miquelon en juin 1536 (dessin colorisé de Pierre Gandon).

Tout comme, davantage au nord, à une grosse centaine de kilomètres du rivage canadien, si c’est bien Jacques Cartier, au nom du roi François 1er, qui en juin 1536 a pris possession des trois îles que forment Saint-Pierre et Miquelon, nombreux sont ceux qui y avaient posé le pied avant lui. Et ce n’est pas non plus le navigateur malouin qui a baptisé du nom de Saint-Pierre le port principal de l’archipel.

Cette région du monde, et plus spécialement, cette terre de Saint-Pierre et Miquelon (la seule française subsistante de toute l’Amérique du nord) s’est bâtie, s’est développée grâce à des héros plus anonymes. Des pionniers, des aventuriers pas moins valeureux que les illustres envoyés officiels vers l’Amérique des rois de France, d’Espagne ou d’Angleterre…

Le drapeau de Saint-Pierre et Miquelon rend hommage aux pêcheurs basques, bretons et normands qui ont pris racines sur l’archipel.

Héros sans lauriers au premier rang desquels les mythiques terre-neuvas, pêcheurs – majoritairement normands, bretons et basques – venus dès le XVIème siècle mener campagnes dans les eaux poissonneuses du secteur. Dans les filets des Français, de la morue, au bout des harpons et lances des Basques, des baleines.

Tout au long du XVIème siècle, Saint-Pierre et Miquelon sert d’abord de base à ces pêcheurs. Un havre sécurisé dont il paraît vraisemblable qu’ils l’aient eux-mêmes appelé du nom de leur patron, Saint-Pierre. Et dès le tout début du XVIIème, on observe les premières installations permanentes, bâtiments destinés au traitement du poisson, commerces, hébergements…

Au XVIème siècle, Saint-Pierre et Miquelon sert d’abord de base aux pêcheurs, et puis progressivement de lieu permanent de vie.

L’archipel devient un lieu de vie. Pas de tout repos cependant. La rivalité franco-britannique sur le territoire canadien et les grandes crises liées à l’indépendance de l’Amérique, la Révolution française ou encore les guerres napoléoniennes ne sont pas sans conséquences. Au cours des XVIIème et XVIIIème siècles, Saint-Pierre sera mise à sac plusieurs fois, et les Anglais prendront et reprendront l’archipel à neuf reprises… La rétrocession définitive de Saint-Pierre et Miquelon à la France n’interviendra qu’à la Restauration…

C’est un siècle plus tard que d’autre batailles, aériennes cette fois (sans pour autant être militaires), se dérouleront pour partie au-dessus – et plausiblement autour – de l’archipel. Et là-encore, au petit jeu de qui a gagné, c’est l’incertitude qui demeure.

Le héros « officiel » à qui revient l’honneur de la première traversée de l’Atlantique en avion – parti de New-York la veille, il rejoint Paris le 21 mai 1927 -, son nom est définitivement entré dans l’histoire, c’est l’américain Charles Lindbergh. A n’en pas douter, un authentique exploit, une prouesse exceptionnelle. Mais pas inégalée. Ni pionnière. Le nier, ce serait ignorer que pas moins de huit ans auparavant, deux britanniques, John Alcock et Arthur Brown, avaient relié Terre-Neuve à l’Irlande.

Et que 12 jours avant le succès de Lindbergh, deux pilotes Français, Charles Nungesser et François Coli, s’étaient envolés de Paris pour rejoindre New-York à bord de leur avion L’Oiseau blanc. Ils étaient attendus le 9 mai aux Etats-Unis, ils ne sont jamais arrivés. Lindbergh ne les avait pas oubliés : à son arrivée au Bourget, il s’est immédiatement enquit du sort des deux Français.

Une rue de Paris rappelle la traversée de l’Atlantique, aux commandes de leur avion « L’Oiseau blanc », de Nungesser et Coli.

Parmi les différentes hypothèses concernant leur disparition, la plus crédible demeure toujours celle d’une tentative d’amerrissage qui a mal tourné. Le carburant venant à manquer parce qu’il avait fallu se dérouter en raison du mauvais temps, et ainsi contourner Terre-Neuve, du brouillard, les deux pilotes décident de se poser. Sur son bateau, Pierre-Marie Le Chevallier, un pêcheur de Saint-Pierre, témoignera avoir entendu à proximité le bourdonnement d’un avion suivi d’un énorme fracas. Il indiquera aussi que son chien, présent sur l’embarcation, s’est aussitôt mis à hurler à la mort.

En 2013, Erik Lindbergh, petit-fils de Charles Lindbergh, a participé en rade de Saint-Pierre et Miquelon aux recherches visant à retrouver « L’Oiseau blanc » de Nungesser et Coli.

Au cours de l’enquête, d’autres témoins, notamment de Terre-Neuve, certifieront sous serment avoir vu un avion au fuselage blanc, l’avoir distinctement entendu, puis avoir perçu une déflagration intense. Et ce n’est pas le moindre des arguments pour appuyer la thèse d’un accident survenu alors que la traversée était quasiment accomplie : Erik Lindbergh lui-même, petit-fils de Charles Lindbergh, a rendu hommage en 2013 aux deux aviateurs Français en jetant une gerbe de fleurs blanches en rade de Saint-Pierre.

Nungesser et Coli, c’était du temps de la prohibition aux Etats-Unis (1920-1933). Et Saint-Pierre et Miquelon, véritable plaque tournante de la contrebande destinée à alimenter ce marché alors interdit, y a joué un rôle prépondérant. Au point qu’une partie de la population a délaissé la pêche au profit de ce trafic plutôt lucratif. Au point qu’Al Capone en personne est venu sur place s’assurer de la bonne marche des « affaires ».

Mais comme toujours, on évoque moins les hommes de l’ombre. Saint-Pierrais, le jeune Henri Morazé est de ceux-là. Personnage picaresque, il devient un des organisateurs de la contrebande. Pas très recommandable, mais remarquablement efficace. Et apprécié de tous ceux à qui profite ce commerce illicite.

Un livre du journaliste Freddy Thomelin retrace le parcours tumultueux d’Henri Morazé, Saint-Pierrais très impliqué dans la contrebande d’alcool au moment de la prohibition, mais qui occupera par la suite des responsabilités au sein des institutions de l’archipel.

Morazé met en place des filières d’approvisionnement en whisky mais également en vins et spiritueux français. Et pour les acheminer vers les côtes américaines, il affrète des « go fast », des bateaux parfois équipés de moteurs d’avion pour échapper aux garde-côtes américains. Mais ces derniers ne se laissent pas distancer aussi facilement. Alors, face aux risques d’arraisonnement qui se multiplient, on prend les devants : en conditionnant désormais les bouteilles non plus dans des caisses en bois mais dans des sacs de toile de jute… qui coulent mieux lorsqu’il y a urgence à les jeter à la mer.

Les années passant, Henri Morazé s’assagit, il occupera même des responsabilités après-guerre au sein des institutions de l’archipel. Et sera nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1965…

Le 23 décembre 1941, des forces de la France Libre, emmenées par le vice-amiral Muselier (à droite sur la photo), prennent le contrôle de Saint-Pierre et Miquelon.

Bien qu’éloignée de la métropole, un peu « oubliée », discrète, Saint-Pierre et Miquelon n’échappe cependant pas à la deuxième Guerre mondiale. L’Administration de Vichy s’y impose dès 1940. Pas pour longtemps. Le 23 décembre 1941, malgré la désapprobation des Etats-Unis, des forces de la France Libre emmenées par le vice-amiral Muselier prennent le contrôle de l’archipel. Et un référendum organisé dès le lendemain indique que 98 % de la population se range derrière la France Libre.

Des chiffres – un plébiscite – qui n’empêchent pas des dissensions entre les militaires et gendarmes « gaullistes » et des habitants s’estimant parfois maltraités par eux… La cohabitation s’instaurera cependant peu à peu…    

Chateaubriand, dans ses Mémoires d’outre-tombe, évoque sa visite en 1791 à Saint-Pierre et Miquelon : « J’attendis qu’une rafale, arrachant le brouillard, me montra le lieu que j’habitais, et pour ainsi dire le visage de mes hôtes dans ce pays des ombres. »

Une telle terre d’aventure, sa beauté singulière, son climat sont autant de sources d’inspiration pour les artistes. Et d’artistes, natifs ou non, l’archipel n’en manque pas. Ceux qui y sont passés : Chateaubriand, qui en fera écho dans ses Mémoires d’outre-tombe, Céline, qui s’y est aussi rendu et racontera dans D’un château l’autre comment il a demandé à Pétain et Laval d’être nommé gouverneur de l’archipel, le chanteur et voyageur Antoine, qui, enfant, y a vécu quelques années… 

Et ceux d’aujourd’hui : peintres, dessinateurs, graveurs, photographes, musiciens… Connus, comme les plasticiens et créateurs de timbres (voir encadré) Raphaële Goineau, Patrick Dérible, Jean-Jacques Oliviero…

Et bien sûr, plus anonymes mais tous aussi productifs et intéressants, tous ceux qui contribuent par leurs travaux à rendre compte de l’exceptionnelle richesse naturelle et humaine de ce petit bout Français d’Amérique…  

Rodolphe Pays

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Repères

  • L’archipel comporte 4 îles principales : Saint-Pierre, Miquelon, Langlade et L’île aux marins.
  • 6000 habitants
  • 242 km2
  • 4600 km de Paris
  • 5 musées

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Des timbres et des artistes renommés

Les émissions philatéliques de Saint-Pierre et Miquelon sont appréciées et recherchées partout dans le monde. Et depuis très longtemps. Une notoriété qui doit beaucoup au particularisme du processus de conception des timbres de l’archipel : le statut de Saint-Pierre et Miquelon lui permet en effet d’être décideur – via la commission philatélique de la collectivité – des thèmes et choix artistiques des timbres.

Raphaëlle Goineau, dessinatrice, peintre de la Marine (photo ATG Le Tiec).

Avec comme conséquence une production significative pour un territoire aussi peu étendu. Et des timbres témoignant des beautés et originalités des îles souvent créés par des artistes locaux – Raphaële Goineau, Patrick Dérible, Jean-Jacques Oliviero… – dont la réputation s’étend bien au-delà des limites de l’archipel.

Patrick Dérible, peintre, dessinateur, passionné d’images (photo ATG Le Tiec).
Jean-Jacques Oliviero, dessinateur, photographe, homme de théâtre…

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L’association L’Art du Timbre Gravé (ATG) consacre le numéro de juin de sa revue Del.&Sculp. à Saint-Pierre et Miquelon et ses artistes (et propose également un entretien avec le directeur de La Poste de l’archipel).

Des représentants de l’ATG et des artistes se retrouveront au cours de l’été à l’occasion d’un événement philatélique organisé sur l’archipel.

En savoir plus sur l’ATG : https://www.artdutimbregrave.com/

Deux cartes blanches envoyées par le musée de La Poste

« Transmissions », la vocation – fondatrice – de La Poste, celle aussi des artistes… : quel meilleur titre aurait pu être trouvé à cette nouvelle exposition du musée de La Poste, une carte blanche à deux créateurs – aux univers et aux pratiques bien distincts – qui traduisent, détaillent ou encore exaltent le courrier et les timbres, les métiers qui y sont liés, les moyens employés de toute nature, les coulisses méconnues…

Transmissions, la nouvelle expo du Musée de La Poste, associe patrimoine postal et art contemporain (photo Thierry Debonnaire).

« Cette carte blanche à deux créateurs, une première au musée, occupe une place désormais importante pour nous, marque une étape, indique Anne Nicolas, la directrice du musée de La Poste. Avec cette exposition originale, nous souhaitons affirmer le lien à tisser entre patrimoine postal et art contemporain. »

Si l’association ainsi posée entre l’histoire de l’aventure postale et le regard que portent sur elle des artistes novateurs devra être « validée » par les visiteurs, on peut déjà affirmer que l’intention affichée et sa première traduction concrète sont prometteuses.

Les deux artistes conviés – Dominique Blais et Madame – se sont investis un an pour ce projet. En s’imprégnant d’abord de tous les univers postaux à travers de nombreuses visites des collections et du centre de ressources du musée comme d’établissements de traitement du courrier.

Puis en restituant chacun à leur manière – plus conceptuelle pour Dominique Blais, plus « matérielle » pour Madame – leurs ressentis, leur visions, leurs interprétations.

Résultat : une quarantaine d’œuvres – toutes inédites – ont été réalisées. Faisant référence aussi bien aux équipements techniques de l’entreprise Poste qu’à des objets emblématiques de l’histoire postale. Avec une place significative accordée également à la philatélie et à la gravure.

« Tout ce parcours créatif – ponctué de pièces des collections positionnées en regard des œuvres – est placé sous le signe d’une totale liberté, car si nous avons choisi les artistes, nous n’avons pas choisi leurs travaux, précise Céline Neveux, la commissaire de l’exposition. Cet accrochage, c’est d’abord une belle rencontre, celle de deux créateurs aux approches et aux expressions très différentes, l’addition de deux talents, leur synergie. »

« Ce parcours créatif, ponctué de pièces des collections positionnées en regard des œuvres, est placé sous le signe d’une totale liberté. » Céline Neveux, commissaire de l’exposition.

C’est Dominique Blais qui ouvre la présentation. Par des écrans géants montrant des rouages de machines de tri filmés en gros plan. Puis, juxtaposées, une maquette de télégraphe Chappe issue des collections et la reproduction qu’en a faite l’artiste sous forme de néons renvoyant une violente lumière blanche, comme pour rappeler le principe de visibilité des signaux émis de ce premier système de télécommunications.

Dominique Blais, qui s’intéresse à tout ce qui n’est pas immédiatement visible, perceptible, a aussi voulu mettre en exergue les marques discrètes, quasi secrètes, connues des seuls spécialistes, apparaissant à l’occasion sur les feuilles d’impression de timbres ou sur les timbres eux-mêmes.

C’est Dominique Blais qui ouvre la présentation, par des écrans géants montrant des rouages de machines de tri filmés en gros plan.

En très grands formats (parfois même sur des hauteurs entières de murs). Sont ainsi révélés, toujours auprès des pièces originales : les guillochis, motifs en marge de feuilles de timbres destinés à empêcher des faussaires d’utiliser les bords ; les burelés, motifs intégrés à des timbres de valeurs dont la vocation est également « sécuritaire » ; les losanges répétés sur les marges du haut et du bas des feuilles de timbres, gravés sur le cylindre d’impression, ils permettent de répartir la pression et de protéger la matrice de l’usure.

Des « sons » aussi, avec cette voix d’enfant qui énumère des intitulés d’objets présents dans le musée. Une œuvre conçue en référence à la « Sonorine » (une innovation postale lancée au début du XXème siècle), carte postale munie d’un disque autorisant l’enregistrement et l’envoi de messages oraux à un destinataire…

Au centre de l’exposition, une fresque autour du thème du « pneumatique » réunit Dominique Blais (œuvre de gauche) et Madame.

Place ensuite à Madame. Et à son goût viscéral pour la matière, pour toutes les matières, papier, carton, bois, verre, plomb, tissu…

De petites installations, comme des tableaux en trois dimensions ou des maquettes de décors de théâtre (l’artiste a d’abord été comédienne), rendent hommage au courrier, aux cartes postales, à leurs contenus, aux timbres aussi. Elles suggèrent des ambiances, des histoires… Elles sont toutes légendées par de courts textes, une constante chez Madame. Et souvent mobiles, les visiteurs ayant la possibilité, via des leviers ou des manivelles, d’articuler les saynètes représentées…

Les petits tableaux en trois dimensions de Madame rendent hommage au courrier, aux cartes postales, à leurs contenus, aux timbres aussi…

Même principe pour la quarantaine de « boîtes à images » (40 « bougies », selon l’artiste, comme celles d’un anniversaire… ), autant de plaques d’impression de cartes postales anciennes traversées de lumière vive qui allument des images romantiques, presque religieuses. A chacun de ces cadres est attaché un fil, comme pour rappeler l’idée de connexion, de transmission…

« Quand j’ai visité, arpenté le musée, j’ai été touché par certains objets, les boules de Moulins par exemple, raconte Madame. Cette volonté de faire passer à tout prix du courrier pendant le siège de Paris en 1870, l’échec de la tentative à cause de la Seine gelée, ça m’a interpellée, j’ai voulu évoquer ça aussi. » C’est ainsi qu’aux côtés d’une « vraie » boule de Moulins, les visiteurs peuvent observer une sœur de cœur réalisée en drap de veste de postier… et contenant également du courrier.     

Et puis des collages sur de vastes surfaces. Du street art, que Madame pratique régulièrement. Dédicaces imposantes à la lettre, au « pneumatique » à nouveau…

Madame à sa table de travail, un authentique poste de tri de facteur, avec son plateau, ses casiers…

Pour finir, la table de travail de l’artiste : un authentique poste de tri de facteur, avec son plateau, ses casiers. Pas un artifice, l’objet lui appartient bien en propre. Elle y a beaucoup œuvré et a décidé d’y disposer toutes les chutes de papier, de carton, de tissu qu’elle a accumulées lors de la préparation de l’exposition. Comment mieux symboliser la démarche actuelle du musée de La Poste de tisser le lien entre patrimoine postal et art contemporain.

Rodolphe Pays

Expo Transmissions, carte blanche à Madame et Dominique Blais, jusqu’au 18 septembre au musée de La Poste, 34 bd de Vaugirard, Paris 15ème. Ouvert de 11h à 18 h (fermé le mardi). Nocturne le jeudi jusqu’à 21 h. Renseignements au 01 42 79 24 24.

En savoir plus sur Transmissions, les événements proposés autour de l’exposition et sur le musée de La Poste : Exhibitions & Events | Musée de La Poste (museedelaposte.fr)

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Autour de Transmissions

A la boutique du musée de La Poste, on peut prolonger sa visite en achetant l’album de l’exposition (56 pages, 14,90 euros), son collector de huit timbres à validité permanente (12,30 euros), des ouvrages des artistes, des magnets et des tote-bags souvenirs…

L’album…

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Le collector…

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Minis bios

Madame…

D’abord comédienne et scénographe, Madame se tourne ensuite vers les arts plastiques, collage, sculpture, peinture… En grand comme en petit format. En atelier, dans la rue. Elle crée beaucoup de pièces en volume, utilise de multiples matériaux, articule ses œuvres (en s’inspirant et en déconstruisant souvent l’iconographie – magazines, cartes postales… – ancienne) avec de courts textes qui interrogent, favorise le dialogue. Dans son travail, le théâtre, la mise en scène, ses formations initiales, ne sont jamais loin… La seule chose qu’elle n’aime pas afficher, son visage…

Dominique Blais…

Formé aux Beaux-arts de Nantes puis aux Arts et Métiers à Paris, Dominique Blais est aussi maître de conférence associé à l’école des arts de la Sorbonne. Artiste « conceptuel », il tisse en permanence des liens entre les composantes visuelles et sonores (il a longtemps œuvré dans le domaine musical) de notre environnement. Dominique Blais, à travers les aspects invisibles, marginaux, méconnus des thèmes qu’il aborde, conçoit des installations qui questionnent le rapport au lieu, à la mémoire…

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Texte et photos : Rodolphe Pays

(article également publié sur le site de l’association L’art du Timbre Gravé : https://www.artdutimbregrave.com/actualite/)

Des maisons peintes avec soins…

Evoquer les maisons, toutes les maisons, observées, rêvées, fantasmées… : c’est l’objet de la nouvelle exposition du Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne.

Plus d’une centaine d’œuvres – peintures, dessins… – réalisées depuis près d’un siècle et demi par des patients soignés pour des troubles mentaux y sont présentées. Un accrochage passionnant et émouvant…

Il est des lieux dont l’évocation met mal à l’aise. L’hôpital parisien Sainte-Anne est de ceux-là. Mais on aurait tort de s’en tenir là…

Il y a des lieux dont la seule évocation met un peu mal à l’aise, ou prête à sourire d’un air entendu. Des lieux dont on espère ne jamais avoir à franchir les portes. L’hôpital parisien Sainte-Anne est de ceux-là. Les troubles mentaux ou comportementaux que l’on y traite depuis plus d’un siècle et demi ont « logiquement » forgé la réputation inquiétante de l’endroit.

Mais on aurait tort de s’en tenir là comme de s’en tenir à l’écart : s’il est vrai qu’avant tout on y soigne, c’est moins connu, mais on y célèbre aussi la beauté, la créativité, d’innombrables formes d’espaces de liberté…

L’hôpital Sainte-Anne possède un séduisant musée qui propose chaque année deux belles expositions. Celle en cours s’intéresse aux « maisons »…

L’établissement de santé possède en effet en son sein un séduisant musée – le MAHHSA, Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne – qui propose chaque année deux très belles expositions (abritées dans de splendides anciennes salles de garde).

Nourries de fonds d’œuvres réalisées sur place par les patients depuis le XIXème siècle ou dans des établissements hospitaliers comparables du monde entier, ces présentations méritent largement le détour.

Deux splendides anciennes salles de garde abritent les expositions du musée…

Celle en cours s’intéresse aux « maisons » et réunit plus d’une centaine d’œuvres picturalement talentueuses et évocatrices des préoccupations, des rêves et des projections mentales de leurs auteurs.

« Dans l’histoire de l’art, peu d’artistes ont fait le choix de ce thème comme sujet principal de leurs travaux, indique Margaux Pisteur, chargée de collection et co-commissaire de l’exposition avec Anne-Marie Dubois, la responsable scientifique du musée. Ce parcours trace le chemin qui mène à la maison, à toutes les maisons, réelles, imaginées, intimes, apaisantes… »

L’exposition « Maisons » réunit plus d’une centaine d’œuvres réalisées par des patients soignés à l’hôpital Sainte-Anne et dans des établissements de santé comparables du monde entier.

L’originalité de la thématique est idéalement illustrée par des œuvres souvent remarquables. Conçues par des patients artistes autant que par des néophytes imaginatifs. Elaborées individuellement ou dans le cadre d’ateliers « d’art-thérapie ».

« A la centaine de créations réalisée par des gens atteints de troubles mentaux, nous avons également voulu associer une quinzaine de travaux sur le même thème exécutés par des artistes contemporains, poursuit Margaux Pisteur. Ce dialogue participe aussi à la volonté de déstigmatiser le regard porté sur les œuvres produites en contexte hospitalier. »

Art brut, asilaire, psychopathologique, peu importe l’appellation qu’on lui donne, c’est de l’art tout court qui est présenté dans cet accrochage.

Art brut, art asilaire, art psychopathologique, peu importe l’appellation que l’on peut rattacher à ces peintures, à ces dessins, c’est d’art tout court dont il s’agit.

Toutes techniques et moyens confondus (gouache, aquarelle, fusain, encre, feutres, stylos à bille, crayons… ), ces œuvres témoignent du quotidien concret ou fantasmé d’hommes et de femmes qui ont parfois passé l’essentiel de leur vie internés.

Des œuvres qui témoignent du quotidien concret ou fantasmé d’hommes et de femmes qui ont parfois passé l’essentiel de leur vie internés.

Y sont dépeints les ateliers d’activité organisés dans ces établissements de soins mentaux (arts plastiques, couture… ), les espaces techniques (cuisines, buanderie… ), les lieux de détente (salle de jeux, de repos… ).

Les bâtiments hospitaliers y sont aussi largement reproduits, sous divers angles, parfois enrichis de « didascalies » de l’auteur, indiquant avec précision par exemple la nature de travaux nécessaires à entreprendre…

Bâtisses construites, déconstruites, habitées, désertes, en couleur, en noir et blanc, abstraites, figuratives…

Et puis, on franchit les murs de l’hôpital, pour se projeter vers d’autres demeures, d’enfance, oniriques, espérées… Des églises au centre de villages, des châteaux… Des jardins, et des intérieurs, avec leurs meubles, leurs « natures mortes »… Des scènes champêtres, familiales…

La palette est riche, les talents multiples : bâtisses construites, déconstruites, habitées, désertes, en couleur, en noir et blanc, abstraites, figuratives…

Les œuvres ne sont pas toutes signées. C’est aussi le mérite de cette exposition que de faire « revivre » ces anonymes dont on a perdu la trace, dont on ignore désormais tout.

Ces œuvres ne sont pas toutes signées. Et ce n’est pas le moindre mérite de cette exposition que de faire « revivre », via leurs travaux, ces anonymes dont on a perdu la trace, dont on ignore désormais tout.

Oui, on aurait tort d’hésiter à franchir les portes de l’hôpital Sainte-Anne. D’abord parce que cette exposition, par sa qualité et son originalité, ne peut que ravir les amateurs d’art. Et aussi parce que, au sortir de l’accrochage, il fait bon passer un moment dans les jardins, les allées, les galeries parsemés d’autres œuvres d’art de ce lieu singulier…

Rodolphe Pays

Maisons, jusqu’au 17 avril 2022, au Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne, 1 rue Cabanis, Paris 14ème. Ouvert du mercredi au dimanche de 13 h à 19 h. Plein tarif, 5 euros, gratuit pour les Amis du musée, les moins de 26 ans, les demandeurs d’emploi… (Tél. : 01 45 65 86 96).

En savoir plus : https://musee.mahhsa.fr/

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Un catalogue enrichi de la biographie des artistes

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Les éditions In Fine ont réalisé pour l’exposition Maisons un catalogue particulièrement intéressant. Si l’ouvrage reproduit avec soin les tableaux et dessins exposés, il s’attache aussi à rendre hommage (quand cela a été possible, les auteurs d’un certain nombre d’œuvres n’ayant pu être identifiés) à chacun des artistes présents.

Ces courtes biographies permettent ainsi de retracer leurs parcours de vie et de création. Et leur lecture est édifiante : réunis par leurs mêmes tourments, s’y côtoient des fils de famille éduqués, des artistes « empêchés », des autodidactes…

Le catalogue donne aussi la transcription des quelques écrits partiellement illustrés qui figurent dans l’exposition.

Catalogue co-édité par le musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne et In Fine Editions, 165 pages, 25 euros. Disponible à la boutique du MAHHSA et en librairie.

En savoir plus : In Fine – Éditions d’art (infine-editions.fr)

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Article publié par les éditions DOCSITE, texte et photos Rodolphe Pays.


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