Archive pour octobre 2016

Gourp, Erable, Pintado… , héros de l’Aéropostale morts dans le désert mauritanien il y a 90 ans

prunierIl y a 90 ans, le 11 novembre 1926, un drame s’est noué dans le désert mauritanien. Attaqué par des rebelles, des pilotes de l’Aéropostale y ont laissé leur vie, Léopold Gourp, Henri Erable, Lorenzo Pintado…

Les précautions avaient été prises. Les consignes données. Didier Daurat, le chef des opérations, le « patron », avait demandé que les avions passant au dessus du désert mauritanien volent par 2. C’était devenu trop dangereux. Des pilotes contraints de se poser avaient déjà été enlevés, rançonnés, maltraités par les rebelles Maures – opposés à la présence espagnole – écumant la région.

RF TP LatécoèreLéopold Gourp est l’un de ces pilotes intrépides de la Compagnie générale d’entreprises aéronautiques (CGEA) – la future « Aéropostale » – fondée en 1921 par Pierre-Georges Latécoère. Embauché depuis deux ans, il est désormais affecté sur la ligne Casablanca-Dakar. A seulement 26 ans, le jeune ingénieur de formation, passionné de mécanique depuis l’enfance, ne manque déjà pas d’expérience.

Léopold Gourp.

Léopold Gourp.

Dès la fin de la Grande guerre, il a fait l’Ecole de l’Air, obtenu son brevet de pilote et est devenu instructeur (plusieurs actions d’éclat durant le conflit marocain lui ont valu des félicitations et ses premières distinctions).

Et depuis son arrivée chez Latécoère, il n’a cessé de voler. Partageant ainsi avec Mermoz, Saint-Exupéry, Guillaumet et tous les autres la mission et la devise de la poste aérienne : le courrier doit passer.

aerien-1997-1Ce 11 novembre 1926, aux commandes d’un Bréguet 14, il décolle de Casablanca avec à ses côtés son mécanicien, Lorenzo Pintado.

Dans l’autre avion – également un Bréguet 14 – qui assure avec lui la liaison vers Dakar, le pilote Henri Erable et l’interprète africain Ataf.

Au-dessus du Rio de Oro, en plein désert mauritanien, Gourp décèle un problème de gicleur. Rien d’alarmant, le sable tourbillonnant cause régulièrement ce genre d’incident. Il fait signe à l’autre avion de poursuivre sa route et atterrit pour effectuer la réparation.

Henri Erable.

Henri Erable.

Erable n’est sans doute pas tranquille, il décide de faire demi-tour et de se poser. En touchant le sol, une des roues de son appareil se brise, Erable ne peut alors éviter de percuter une aile de celui de Gourp. Les deux avions sont immobilisés. Plusieurs heures d’intervention s’avèrent nécessaires pour les remettre en état (1).

Le survol de la zone par les deux avions, le demi-tour de l’un d’eux ont attiré l’attention de rebelles Maures présents dans le secteur. Trois d’entre eux ne tardent pas à retrouver l’endroit où Gourp, Erable, Pintado et leur interprète s’affairent sur leurs appareils.

Léopold Gourp.

Léopold Gourp.

Les choses s’enveniment rapidement. Armés de fusils, les rebelles demandent aux quatre hommes de marcher devant eux. Le drame survient : ils abattent Erable et Pintado et blessent grièvement Gourp à la hanche. Le traducteur s’interpose et parvient à les dissuader d’achever Gourp en invoquant la rançon qu’ils pourraient obtenir en échange de sa libération.

Gourp n’est plus désormais en mesure de marcher. C’est ficelé et à dos de chameau que des jours durant il va traverser le désert. Sa blessure le fait atrocement souffrir, la gangrène s’y installe. Il tente de se suicider en absorbant de la teinture d’iode. Ses ravisseurs ayant reçu une rançon (5000 pesetas), il le laisse quasiment pour mort près de Cap-Juby, où Edmond Lassalle, un pilote de la CGEA, lui portera secours.

La stèle érigée à la mémoire de Léopold Gours dans son village de Rieux-Mibervois (Aude).

La stèle érigée à la mémoire de Léopold Gourp dans son village de Rieux-Minervois (Aude).

Aussitôt transporté et hospitalisé à Casablanca, Léopold Gourp trouvera encore la force d’écrire à ses parents début décembre, de raconter ce qui s’est passé.

Il sera amputé le 4 et s’éteindra le lendemain. Un de ses jeunes frères, Louison, a pu l’assister dans ses derniers instants (Mermoz était allé le chercher à Marrakech où le jeune homme effectuait son service militaire).

Didier Daurat lui remettra la légion d’honneur à titre posthume.

"L'Aéropostale, le courrier du ciel", une série diffusée su FR 3 en 1980.

« L’Aéropostale, le courrier du ciel », une série diffusée sur FR 3 en 1980.

Quelques décennies plus tard, un autre hommage, cinématographique cette fois, lui sera rendu. Le drame sera évoqué dans une série télévisée de 1980 réalisée par Gilles Grangier, « L’Aéropostale, courrier du ciel ». Avec l’acteur Robert Etcheverry dans le rôle de Léopold Gourp.

Et le courrier est quand même passé. Quelques jours après le drame, des pilotes sont venus rechercher les sacs. Les avions avaient été détruits, les dépouilles d’Henri Erable et de Lorenzo Pintado n’ont pas été retrouvées. Les lettres sont parvenues à leurs destinataires…

Rodolphe Pays

(1) Il demeure une incertitude dans le déroulement chronologique des faits. Il est aussi possible qu’Erable se soit posé en même temps que Gourp afin de récupérer le courrier. Il aurait alors aussitôt redécollé avant de considérer que la panne de l’avion de Gourp pouvait être plus importante que supposée et nécessitait sa présence. C’est lors de ce second atterrissage que la roue de son avion se serait brisée, entraînant le choc avec une aile de celui de Gourp.

 

Eloi Ville.

Eloi Ville.

Ville et Mermoz ont tenté de retrouver les pilotes

Deux pilotes de la CGEA, Eloi Ville et Jean Mermoz, ont été envoyés à la recherche de Gourp, Erable, Pintado et Ataf.

Lorsque Ville atterrit sans le savoir à proximité de l’endroit où gisent Erable et Pintado, il est attaqué par des Maures.

Jean Mermoz.

Jean Mermoz.

 

Mermoz, resté en l’air, assiste à la scène. Il pique sur les assaillants et réussit à les disperser. Il se pose alors en catastrophe et récupère Ville.

Mermoz sera marqué par cet épisode dramatique : c’est lui devait accompagner Gourp ce 11 novembre 1926 sur la liaison Casablanca-Dakar…

 

Passionné d'aéronautique, Jame's Prunier peint depuis des années des avions de toutes les époques.

Passionné d’aéronautique, Jame’s Prunier peint depuis des années des avions de toutes les époques.

Bientôt un tableau

Le Musée de La Poste a demandé au peintre et dessinateur Jame’s Prunier de réaliser un tableau rappelant les faits et rendant hommage aux quatre hommes attaqués par les Maures.

Spécialiste de l’aviation, l’artiste a déjà peint une toile pour le musée – « Le passage » – évoquant l’aventure de la poste aérienne en Amérique latine. 

Mise à flot de « L’égalité est un long fleuve tranquille », le nouvel album de Chereau

18e2555D’abord dessinateur de presse pour la télévision et de nombreux journaux, Chereau croque aussi pour et sur les entreprises – dont La Poste – depuis longtemps.

En 2013, le musée avait consacré une exposition à une sélection de ses dessins destinés aux publications internes de La Poste.

l___galit___est__57fca55bc61e8Sur le thème de l’égalité, Chereau sort cet automne un nouvel album… percutant et irrésistible de drôlerie.

La discrimination a au moins d’appréciable (disons à sa manière d’équitable)… qu’elle ne discrimine personne.

Lors d’un entretien d’embauche, d’une réunion professionnelle, à la maison, au stade, au bac à sable, le jeune cadre/gendre idéal bien sous tout rapport, l’employé lambda, l’immigré bardé de diplômes, la femme enceinte, le quinqua biker, l’handicapé(e), le gai, la bi, l’homme ou la femme « mûr(e) », le p’tit rouquin… , tous, sans distinction, peuvent à tout moment y être confronté.

lgalit-est-un-long-fleuve-tranquille-pixel-fever-editions-2-638Dans l’album qu’il vient d’éditer (malicieusement intitulée « L’égalité est un long fleuve tranquille »), le dessinateur – pas seulement de presse – Antoine Chereau pointe de son crayon électronique toutes ces situations où les préjugés, les a priori, les idées reçues l’emportent sur la raison, l’objectivité, l’empathie…

Avec la verve et l’humour caustique et immédiat – dans ses dessins comme dans les propos mis dans la bouche des personnages croqués – qui sont ses marques de fabrique, il montre les comportements parfois à peine conscients, les facilités usuelles, les grandes et les petites lâchetés, le cynisme assumé… De certains DRH, patrons, collaborateurs, collègues, conjoints, parents…

show_image_in_imgtag-1Au long des 69 planches de l’ouvrage, on voit ainsi confrontés les visages des discriminants – tranquilles, sarcastiques, satisfaits, décalés aussi parfois… – et ceux des victimes – interloqués, incrédules, résignés, rarement protestants.

Et on se délecte des propos échangés entre les uns et les autres, si bien vus, pertinents, de vraies bulles de gaz hilarant…

lgalit-est-un-long-fleuve-tranquille-pixel-fever-editions-4-638Pour évoquer en particulier les univers professionnels – beaucoup de planches y sont consacrées -, Chereau n’est pas en territoire inconnu. Loin de là. Le travail, les entreprises, leurs rouages, leurs dirigeants, leurs cadres, il connaît.

Des années qu’il les observe attentivement lors de séminaires et de conventions (il a entre beaucoup d’autres été sollicité pour cet exercice pendant des années par La Poste).

Autant d’occasions où on lui demande d’intervenir, de dédramatiser, de provoquer des respirations par le rire qu’inspirent ses dessins projetés en direct au dos des intervenants à la tribune.

lgalit-est-un-long-fleuve-tranquille-pixel-fever-editions-3-638Et où il ne se prive pas de brandir quelques cartons « jaune », certes virtuels, mais pas confidentiels…

Jamais (vraiment) méchant, mais toujours sans concession, Chereau n’envoie pas dire, ne tergiverse pas, il débusque les mauvaises habitudes, les travers, les petitesses, les médiocrités. La bêtise, l’ignorance aussi.

A sa main, légère et efficace.

On rit de bon cœur, on s’esclaffe à chaque page… des horreurs qu’il nous rappelle, auxquelles on ne prête peut-être plus trop d’importance, parce qu’on s’y est habitué, et qu’on finit par s’en accommoder, faire avec…

lgalit-est-un-long-fleuve-tranquille-pixel-fever-editions-5-638Comme ses précédents opus (Santé,  Encore un petit effort), L’égalité est un long fleuve tranquille est aussi un album remarquable dans sa forme. Mise en page, rythme, couleurs particulièrement soignées…

Un ouvrage à offrir à l’occasion des fêtes qui approchent.

Pour rire… et savoir pourquoi.

Rodolphe Pays

« L’égalité est un long fleuve tranquille », d’Antoine Chereau (Pixel Fever Editions), est en vente en librairie ou via les sites d’achat en ligne (FNAC, Amazon… ) au prix de 19 €.

l___galit___est__57fca55bc61e8Pour chaque album acheté, un euro est reversé au profit d’associations d’intérêt général soutenues par l’Institut Randstad et œuvrant contre les discriminations et pour l’égalité des chances.

On peut aussi commander l’ouvrage directement sur le site : http://www.antoinechereau.fr/

Expo « Temps suspendu » : pour l’explorateur urbain Sylvain Margaine, l’idée, c’est de faire des « photos documentaires et artistiques »

affiche_expo_temps_suspendu-3-resp300L’exposition Temps suspendu réunit les œuvres de trois photographes passionnés d’exploration urbaine.

Ce qu’il recherche, comment il travaille… Témoignage de Sylvain Margaine.

« Je m’étais déjà essayé à l’exploration urbaine – l’expression était alors peu répandue -, chez moi au pied des Pyrénées, où tant de bâtiments, des filatures par exemple, témoignent d’un passé industriel florissant.

Je faisais des photos, une démarche déjà un peu documentaire. Mais c’est à Paris, lorsque devenu étudiant j’ai visité les catacombes, que tout a vraiment démarré.

Ca a été déclencheur, j’ai tout de suite créé un site internet dédié à tous ces lieux oubliés. Toujours avec ce souci de réaliser des photos à la fois documentaires et artistiques.

" C'est à Paris, lorsque devenu étudiant j'ai visité les catacombes, que tout a commencé." (Photo Thierry Debonnaire).

 » C’est à Paris, lorsque devenu étudiant j’ai visité les catacombes, que tout a commencé. »
(Photo Thierry Debonnaire).

Je ratisse large dans les sujets que je traite, usines, prisons, musées… J’ai aussi un faible pour les milieux hospitaliers, les asiles, leur côté lugubre m’a toujours intéressé.

J’en ai beaucoup vu aux Etats-Unis, un pays où les friches de toutes sortes sont extraordinairement nombreuses.

S’il est nécessaire de préparer avec soin la visite d’un lieu, je consacre aussi a posteriori beaucoup de temps à compléter les informations autour de lui.

Et une des choses qui me fait le plus plaisir, c’est lorsque que quelqu’un me dit, cet endroit que vous avez photographié, j’y ai travaillé. »

Propos recueillis par Rodolphe Pays

« Temps suspendu – Exploration urbaine », une exposition du Musée de La Poste, proposée jusqu’au 18 décembre à l’Espace Niemeyer, 2 place du Colonel Fabien, Paris 19ème. Entrée libre.

En savoir plus : http://www.forbidden-places.net/

 

 

Expo « Temps suspendu » : pour l’explorateur urbain Romain Veillon, tout a commencé dans « une vieille entreprise familiale et aux anciennes usines Renault-Billancourt »

affiche_expo_temps_suspendu-3-resp300L’exposition Temps suspendu réunit les œuvres de trois photographes passionnés d’exploration urbaine.

Ce qu’il recherche, comment il travaille… Témoignage de Romain Veillon.

« On a tous des souvenirs de bâtiments abandonnés… Moi, ça vient de ma grand-mère paternelle, d’une vieille entreprise de transport familiale, d’entrepôts désertés, un terrain de jeux d’abord, et le démarrage d’une passion qui ne m’a plus quitté.

Des anciennes usines Renault de Boulogne-Billancourt aussi. C’est parti de là. On commence à explorer, on découvre…

Et puis la photo s’est greffée là-dessus. Au départ pour des souvenirs, des petits reportages. Je pensais que l’on n’était pas nombreux, mais avec internet, facebook, j’ai vu ce que d’autres faisaient dans ce domaine, j’avais déjà l’envie et là je me suis vraiment lancé.

_tdb3583J’aime autant les lieux pour leur poésie, leur esthétique, que pour ce qu’ils me disent de la vie qui s ‘y déroulait. En fait, j’associe les voyages et les photos d’exploration urbaine.

La préparation est capitale, essentielle, via des recherches, des contacts…

Et quand on arrive sur place, le premier sentiment, c’est le soulagement : on peut rentrer, tout est encore là… Après, c’est l’émerveillement… »

Propos recueillis par Rodolphe Pays

(photo Thierry Debonnaire)

« Temps suspendu – Exploration urbaine », une exposition du Musée de La Poste, proposée jusqu’au 18 décembre à l’Espace Niemeyer, 2 place du Colonel Fabien, Paris 19ème. Entrée libre.

En savoir plus : http://romainveillon.com/

 

Expo « Temps suspendu » : pour le photographe et explorateur urbain Henk Van Rensbergen, « Le bâtiment nous parle »

affiche_expo_temps_suspendu-3-resp300Proposée par le Musée de La Poste, l’exposition Temps suspendu réunit les œuvres de trois photographes passionnés d’exploration urbaine.

Ce qu’il recherche, comment il travaille… Témoignage de Henk Van Rensbergen.

 » Ce qui me motive depuis toujours, c’est l’aventure, c’est découvrir des lieux, des ambiances… C’est un plaisir énorme, un peu celui d’un puzzle que l’on reconstitue, d’abord l’architecture qui se révèle, et puis on s’imagine comment les gens vivaient, leur histoire…

_tdb3588Le bâtiment nous parle, il faut avoir tous les sens en éveil, s’imprégner de l’endroit. C’est pour parvenir à cette espèce de communion que je préfère explorer seul, même si j’ai aussi souvent travaillé en compagnie d’autres passionnés d’exploration urbaine.

Dans le silence complet, on ressent mieux l’atmosphère, la beauté qui demeure… Tous ces endroits que je photographie depuis des années, les usines, les châteaux, les théâtres… , je les côtoie comme des personnes, je m’efforce d’y puiser leur caractère, leur âme, leur mystère… Leur magie aussi…

Dans mes photos, j’essaie de trouver des formes qui témoignent de ce qu’ils sont. Même si aujourd’hui, beaucoup de sites sont visités et photographiés, il reste toujours des images nouvelles, rares, intéressantes à faire.  »

Propos recueillis par Rodolphe Pays

(photo Thierry Debonnaire)

« Temps suspendu – Exploration urbaine », une exposition du Musée de La Poste, proposée jusqu’au 18 décembre à l’Espace Niemeyer, 2 place du Colonel Fabien, Paris 19ème. Entrée libre.

En savoir plus : http://www.henkvanrensbergen.com/

 


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