Deux cartes blanches envoyées par le musée de La Poste


« Transmissions », la vocation – fondatrice – de La Poste, celle aussi des artistes… : quel meilleur titre aurait pu être trouvé à cette nouvelle exposition du musée de La Poste, une carte blanche à deux créateurs – aux univers et aux pratiques bien distincts – qui traduisent, détaillent ou encore exaltent le courrier et les timbres, les métiers qui y sont liés, les moyens employés de toute nature, les coulisses méconnues…

Transmissions, la nouvelle expo du Musée de La Poste, associe patrimoine postal et art contemporain (photo Thierry Debonnaire).

« Cette carte blanche à deux créateurs, une première au musée, occupe une place désormais importante pour nous, marque une étape, indique Anne Nicolas, la directrice du musée de La Poste. Avec cette exposition originale, nous souhaitons affirmer le lien à tisser entre patrimoine postal et art contemporain. »

Si l’association ainsi posée entre l’histoire de l’aventure postale et le regard que portent sur elle des artistes novateurs devra être « validée » par les visiteurs, on peut déjà affirmer que l’intention affichée et sa première traduction concrète sont prometteuses.

Les deux artistes conviés – Dominique Blais et Madame – se sont investis un an pour ce projet. En s’imprégnant d’abord de tous les univers postaux à travers de nombreuses visites des collections et du centre de ressources du musée comme d’établissements de traitement du courrier.

Puis en restituant chacun à leur manière – plus conceptuelle pour Dominique Blais, plus « matérielle » pour Madame – leurs ressentis, leur visions, leurs interprétations.

Résultat : une quarantaine d’œuvres – toutes inédites – ont été réalisées. Faisant référence aussi bien aux équipements techniques de l’entreprise Poste qu’à des objets emblématiques de l’histoire postale. Avec une place significative accordée également à la philatélie et à la gravure.

« Tout ce parcours créatif – ponctué de pièces des collections positionnées en regard des œuvres – est placé sous le signe d’une totale liberté, car si nous avons choisi les artistes, nous n’avons pas choisi leurs travaux, précise Céline Neveux, la commissaire de l’exposition. Cet accrochage, c’est d’abord une belle rencontre, celle de deux créateurs aux approches et aux expressions très différentes, l’addition de deux talents, leur synergie. »

« Ce parcours créatif, ponctué de pièces des collections positionnées en regard des œuvres, est placé sous le signe d’une totale liberté. » Céline Neveux, commissaire de l’exposition.

C’est Dominique Blais qui ouvre la présentation. Par des écrans géants montrant des rouages de machines de tri filmés en gros plan. Puis, juxtaposées, une maquette de télégraphe Chappe issue des collections et la reproduction qu’en a faite l’artiste sous forme de néons renvoyant une violente lumière blanche, comme pour rappeler le principe de visibilité des signaux émis de ce premier système de télécommunications.

Dominique Blais, qui s’intéresse à tout ce qui n’est pas immédiatement visible, perceptible, a aussi voulu mettre en exergue les marques discrètes, quasi secrètes, connues des seuls spécialistes, apparaissant à l’occasion sur les feuilles d’impression de timbres ou sur les timbres eux-mêmes.

C’est Dominique Blais qui ouvre la présentation, par des écrans géants montrant des rouages de machines de tri filmés en gros plan.

En très grands formats (parfois même sur des hauteurs entières de murs). Sont ainsi révélés, toujours auprès des pièces originales : les guillochis, motifs en marge de feuilles de timbres destinés à empêcher des faussaires d’utiliser les bords ; les burelés, motifs intégrés à des timbres de valeurs dont la vocation est également « sécuritaire » ; les losanges répétés sur les marges du haut et du bas des feuilles de timbres, gravés sur le cylindre d’impression, ils permettent de répartir la pression et de protéger la matrice de l’usure.

Des « sons » aussi, avec cette voix d’enfant qui énumère des intitulés d’objets présents dans le musée. Une œuvre conçue en référence à la « Sonorine » (une innovation postale lancée au début du XXème siècle), carte postale munie d’un disque autorisant l’enregistrement et l’envoi de messages oraux à un destinataire…

Au centre de l’exposition, une fresque autour du thème du « pneumatique » réunit Dominique Blais (œuvre de gauche) et Madame.

Place ensuite à Madame. Et à son goût viscéral pour la matière, pour toutes les matières, papier, carton, bois, verre, plomb, tissu…

De petites installations, comme des tableaux en trois dimensions ou des maquettes de décors de théâtre (l’artiste a d’abord été comédienne), rendent hommage au courrier, aux cartes postales, à leurs contenus, aux timbres aussi. Elles suggèrent des ambiances, des histoires… Elles sont toutes légendées par de courts textes, une constante chez Madame. Et souvent mobiles, les visiteurs ayant la possibilité, via des leviers ou des manivelles, d’articuler les saynètes représentées…

Les petits tableaux en trois dimensions de Madame rendent hommage au courrier, aux cartes postales, à leurs contenus, aux timbres aussi…

Même principe pour la quarantaine de « boîtes à images » (40 « bougies », selon l’artiste, comme celles d’un anniversaire… ), autant de plaques d’impression de cartes postales anciennes traversées de lumière vive qui allument des images romantiques, presque religieuses. A chacun de ces cadres est attaché un fil, comme pour rappeler l’idée de connexion, de transmission…

« Quand j’ai visité, arpenté le musée, j’ai été touché par certains objets, les boules de Moulins par exemple, raconte Madame. Cette volonté de faire passer à tout prix du courrier pendant le siège de Paris en 1870, l’échec de la tentative à cause de la Seine gelée, ça m’a interpellée, j’ai voulu évoquer ça aussi. » C’est ainsi qu’aux côtés d’une « vraie » boule de Moulins, les visiteurs peuvent observer une sœur de cœur réalisée en drap de veste de postier… et contenant également du courrier.     

Et puis des collages sur de vastes surfaces. Du street art, que Madame pratique régulièrement. Dédicaces imposantes à la lettre, au « pneumatique » à nouveau…

Madame à sa table de travail, un authentique poste de tri de facteur, avec son plateau, ses casiers…

Pour finir, la table de travail de l’artiste : un authentique poste de tri de facteur, avec son plateau, ses casiers. Pas un artifice, l’objet lui appartient bien en propre. Elle y a beaucoup œuvré et a décidé d’y disposer toutes les chutes de papier, de carton, de tissu qu’elle a accumulées lors de la préparation de l’exposition. Comment mieux symboliser la démarche actuelle du musée de La Poste de tisser le lien entre patrimoine postal et art contemporain.

Rodolphe Pays

Expo Transmissions, carte blanche à Madame et Dominique Blais, jusqu’au 18 septembre au musée de La Poste, 34 bd de Vaugirard, Paris 15ème. Ouvert de 11h à 18 h (fermé le mardi). Nocturne le jeudi jusqu’à 21 h. Renseignements au 01 42 79 24 24.

En savoir plus sur Transmissions, les événements proposés autour de l’exposition et sur le musée de La Poste : Exhibitions & Events | Musée de La Poste (museedelaposte.fr)

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Autour de Transmissions

A la boutique du musée de La Poste, on peut prolonger sa visite en achetant l’album de l’exposition (56 pages, 14,90 euros), son collector de huit timbres à validité permanente (12,30 euros), des ouvrages des artistes, des magnets et des tote-bags souvenirs…

L’album…

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Le collector…

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Minis bios

Madame…

D’abord comédienne et scénographe, Madame se tourne ensuite vers les arts plastiques, collage, sculpture, peinture… En grand comme en petit format. En atelier, dans la rue. Elle crée beaucoup de pièces en volume, utilise de multiples matériaux, articule ses œuvres (en s’inspirant et en déconstruisant souvent l’iconographie – magazines, cartes postales… – ancienne) avec de courts textes qui interrogent, favorise le dialogue. Dans son travail, le théâtre, la mise en scène, ses formations initiales, ne sont jamais loin… La seule chose qu’elle n’aime pas afficher, son visage…

Dominique Blais…

Formé aux Beaux-arts de Nantes puis aux Arts et Métiers à Paris, Dominique Blais est aussi maître de conférence associé à l’école des arts de la Sorbonne. Artiste « conceptuel », il tisse en permanence des liens entre les composantes visuelles et sonores (il a longtemps œuvré dans le domaine musical) de notre environnement. Dominique Blais, à travers les aspects invisibles, marginaux, méconnus des thèmes qu’il aborde, conçoit des installations qui questionnent le rapport au lieu, à la mémoire…

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Texte et photos : Rodolphe Pays

(article également publié sur le site de l’association L’art du Timbre Gravé : https://www.artdutimbregrave.com/actualite/)

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