Archive pour juillet 2014

Espace Krajcberg, Musée du Montparnasse, Orangerie du Sénat : trois idées de balade pour le week-end

chem1De « petites » et belles expos à voir en ce moment à Paris. Au Chemin du Montparnasse, avec l’Espace Krajcberg et l’expo du Musée de La Poste accueillie au Musée du Montparnasse. Et, pas bien loin, à l’Orangerie du Sénat, avec les accrochages Happy Art et Regards contemporains sur la Commune de Paris.

Frans Krajcberg est un vieux monsieur de 93 ans. Mais toujours bon pied, bon œil. Et un roman – fleuve – à lui tout seul. Né en Pologne, il a 18 ans quand les armées allemandes envahissent son pays. Sa mère, militante communiste, est exécutée par les Nazis. Lui-même est emprisonné, il s’évade, gagne l’URSS, poursuit des études d’ingénieur hydraulicien à Leningrad. Et suit aussi des cours aux Beaux-Arts.

Début 1943, il rejoindra l’armée Polonaise, qui lutte aux côtés de l’Armée rouge sous les ordres de Joukov. De retour chez lui, il est chassé de sa maison… parce qu’il est juif. Il gagne alors l’Allemagne où il retrouve des habitants de son village qui lui confirment la disparition des siens. L’art devient alors sa raison de vivre, de survivre. Il va à Paris, rencontre des artistes, puis se rend au Brésil où il alterne activités d’ingénieur et créations plastiques. Il vit en pleine forêt, dans une maison en bois. Le bois, la passion de sa vie…

krajcbergA Rio de Janeiro, il obtient en 1957 le Prix du meilleur peintre brésilien. Il devient célèbre du jour au lendemain – un tournant surtout utile pour la notoriété de sa démarche -, repart pour Paris, installe son atelier à Montparnasse, noue des amitiés avec Yves Klein, Pierre Restany. De retour au Brésil, il sculpte des troncs d’arbres morts. Découvre aussi les ravages de la déforestation, contre laquelle il ne cessera plus de témoigner.

Racines et troncs brulés deviennent alors définitivement le cœur même de son œuvre. En 1971, il construit sa maison dans un arbre, à dix mètres du sol (« Pour la première fois de ma vie, je me suis enfin senti chez moi »). Et en 2003, l’Espace Krajcberg, son atelier parisien du Chemin du Montparnasse, ouvre ses portes au public pour une présentation des œuvres – tableaux, sculptures, photos – de l’artiste.

Entre exposition permanente et accrochage temporaire, le lieu continue aujourd’hui de proposer des balades hors des entiers battus, au cœur des préoccupations et des réalisations de Frans Krajcberg (et le Musée de La Poste y mène tout au long de l’année scolaire des animations pour les écoles). On peut même parfois y rencontrer l’artiste, il revient chaque automne à Paris fouler l’allée pavée du Chemin du Montparnasse.

chem6De l’Espace Krajcberg au Musée du Montparnasse, il n’y a guère plus de vingt pas. A l’aller ou au retour de la visite à l’amoureux définitif de la nature et des arbres, il faut aussi faire une halte dans ce lieu – ancien atelier de la peintre Marie Vassilieff – qui accueille tout au long de 2014 les expositions temporaires du Musée de La Poste. Après les nuages cet hiver et avant les ex-voto cet automne, c’est la nourriture qui est le thème de l’accrochage proposé. Une nourriture pas toujours réjouissante, mais traitée avec humour et causticité.

Et du Musée du Montparnasse à l’Orangerie du Sénat, il n’y a finalement que quelques centaines de mètres. Cet espace jouxtant le Palais du Luxembourg invite à visiter durant quelques jours encore deux expositions à ne pas manquer .

chemin13L’une est consacrée au mouvement Happy Art Contemporain, qui réunit des artistes bien décidés à prendre la vie côtés sourire, fraîcheur et gaieté (ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils regardent béatement le monde qui les entoure… ). Résultat : des œuvres colorées, faussement naïves parfois, pleines de références aussi, joyeuses… A voir en particulier les œuvres de Frédérique Chemin (photo médaillon à gauche).

Et l’autre décline des Regards contemporains sur la Commune de Paris (un accrochage organisé par l’association Les amies et les amis de la Commune de Paris 1871). Une trentaine d’artistes – Villeglé, Pignon-Ernest… – y donnent leur vision de ces 70 jours de 1871 qui n’ont jamais cessé d’intéresser, d’interroger, de faire rêver sans doute, de désespérer aussi… A voir en particulier les œuvres de Jérôme Gulon (photo médaillon à droite).

De belles balades à Montparnasse et au Luxembourg…

Rodolphe Pays

Espace Krajcberg, ouvert du mardi au dimanche de 14 h à 18 h, 21 avenue du Maine, Paris 15ème. Entrée libre.

« L’art fait ventre », une exposition du Musée de La Poste accueillie au Musée du Montparnasse, jusqu’au 20 septembre, ouvert du lundi au samedi de 13 h à 18 h, 21 avenue du Maine, Paris 15ème. Entrée libre.

Expo « Happy Art Contemporain » et « Regards contemporains sur la Commune de Paris 1871 », jusqu’au 3 août, ouvert de 11 h à 20 h, Orangerie du Sénat, 19 bis rue de Vaugirard, Paris 6ème. Entrée libre.

Photo de Frans Krajcberg : Manu Dias (Secom/BA).

Le Blog de l’Adresse Musée de La Poste part lui-aussi en balade quelques jours. Bonne semaine… et à bientôt sur ladresseip.wordpress.com

 

 

 

 

 

 

Fresque de Keith Haring à l’hôpital Necker : bientôt la rénovation et déjà un timbre

haringtimbreLa seule fresque monumentale en extérieur réalisée en France par Keith Haring va subir l’an prochain une cure de rajeunissement. En attendant le début des travaux, un timbre émis en septembre rendra hommage à l’artiste et à l’œuvre.

L’immense fresque réalisée en 1987 par l’artiste américain Keith Haring (1958-1990) sur une cage d’escalier de secours de l’hôpital Necker-Enfants malades, à Paris, va bientôt être restaurée. Menacée il y quelques années de destruction – en raison de dégradations apparues sur l’œuvre et dans la perspective d’une transformation de la structure de l’hôpital -, elle devrait retrouver en 2015 son intégrité et toute sa beauté. Les fonds nécessaires à sa rénovation ont en effet été réunis grâce au soutien de plusieurs mécènes sollicités par l’hôpital Necker et la Fondation Keith Haring.

keith boitesUne opération à laquelle le Musée de La Poste apporte également sa contribution. Fin 2012, en partenariat avec le Musée en Herbe, le musée avait exposé dans ce but une vingtaine de boîtes aux lettres « customisées » par des street artistes (Speedy Graphito, Jean Faucheur, C215… ). Des boîtes vendues aux enchères quelques mois plus tard au profit de la restauration de la fresque de Keith Haring et de l’accès à l’art des enfants handicapés et des familles défavorisées (une cause à laquelle l’artiste était très attaché, notamment au travers des actions de sa Fondation).

La Poste accompagne aussi l’événement en émettant en septembre un timbre reproduisant l’œuvre de l’artiste. Une manière de soutenir l’engagement de Keith Haring pour les enfants et contre la maladie. La fresque représente en effet des silhouettes en mouvement qui symbolise la vie et l’espoir pour les jeunes patients, leurs parents et le personnel hospitalier. Par leurs lignes joyeuses mêlées à de larges aplats, elles incarnent l’énergie et la volonté de vivre.

haring craieUn message transmis par un grand artiste – à la fois dessinateur, peintre, sculpteur, créateur d’installation… – dont l’ambition a toute sa vie été de mettre l’art à la portée de tous (sur la photo, on le voit dessiner à la craie dans le métro de New-York). Infecté par le virus du SIDA, Keith Haring s’est éteint le 16 février 1990. Il allait avoir 32 ans… Rodolphe Pays

 

Timbre « Keith Haring 1958-1990/Hôpital Necker – Enfants malades », auteur Keith Haring, metteur en page Lunel Dune, impression héliogravure. Photo AP-HP-Hôpital Necker, Keith Haring Foundation.

Timbre disponible à partie du 22 septembre à la boutique du Musée de La Poste, 21 avenue du Maine, Paris 15ème. Tél. : 01 53 71 98 49.

 

 

 

 

 

 

 

Un an après son Tour de fête, Eric Fottorino publie La belle echappée

echapeeIl y a un an, c’était la centième édition du Tour de France. Avec l’émission d’un bloc de huit timbres, La Poste accompagnait l’événement. Et la veille de chacune des étapes, un peloton de jeunes effectuait aussi le parcours. Pour une épreuve baptisée Tour de fête emmenée par le journaliste et écrivain Eric Fottorino. Un livre revient aujourd’hui sur cette belle aventure.

On s’en souvient, le Tour de France 2013 multipliait les commémorations. La « grande boucle » fêtait ainsi tout à la fois sa centième édition, le 110ème anniversaire de sa création et bloc touraussi le cinquantenaire de la présence de La Poste sur l’événement. Pour marquer ce triple anniversaire, La Poste avait alors choisi d’émettre un bloc de huit timbres illustrés de points de passage illustres de l’épreuve – Calvi, Paris, le Mont-Saint-Michel, le Ventoux… – et aux couleurs des maillots prestigieux du Tour, jaune, à pois, vert…

Parallèlement à l’officiel, un autre Tour se déroulait également. Toujours à vélo, avec les mêmes étapes… parcourues la veille de celles des professionnels. Initié par l’écrivain et journaliste Eric Fottorino, ce Tour de France de la diversité réunissait un peloton de 25 jeunes de toutes conditions et formations venus de région parisienne comme de province. Là, il ne s’agissait pas de compétition, mais de persévérance, de goût de l’effort, d’esprit d’équipe, de solidarité.

Une autre course à laquelle La Poste, attachée à la diversité et aux parcours professionnels, ne pouvait rester insensible. D’autant qu’elle était baptisée Tour de fête, en hommage au Jour de fête (et à François, son célèbre facteur cycliste) de Jacques Tati. Et que l’épreuve se déroulait au moment même de la sortie d’une version rénovée – notamment grâce aux soutiens de La Poste et du Musée de la Poste – d’un autre film du cinéaste (une sorte de répétition générale de Jour de fête), L’école des facteurs.

Un an après, la belle aventure de ces 25 garçons et filles est racontée par Eric Fottorino. Jour après jour, avec des photos, des comptes-rendus, des témoignages. Un ouvrage qui fait revivre les moments de joie, d’émotion, de souffrance. Et qui est ponctué de souvenirs « historiques » des Tours passés. Et, en bonus, un DVD de 76 minutes qui retrace le périple.

le1Aujourd’hui, même s’il continue de rester en contact avec « ses » jeunes et de pratiquer la petite reine à ses rares heures perdues, Eric Fottorino est passé à autre chose. Et surtout au « 1 » – un journal en une feuille savamment pliée, un thème par publication… -, un hebdomadaire qu’il a lancé début avril avec son complice du Monde Laurent Greilsamer. A chaque parution, des intellectuels, des artistes, des écrivains, des universitaires donnent leurs points de vue, délivrent leurs analyses sur le sujet de la semaine. Thème décliné dans l’édition de ce mercredi : « Le Brésil à la conquête de son Far West ». Après la Coupe du Monde de foot et entre deux étapes du tour, c’est à lire…

Rodolphe Pays

« La belle échappée, un tour de France autrement », d’Eric Fottorino (photos de Mickaël Bougouin), chez Gallimard (24,50 €).

Le « 1 », dans toutes les librairies (2,80 €).

 

 

 

 

 

Grande Guerre : pour Jean-Yves Le Naour, « le courrier, c’est le lien vital qui relie le mobilisé à son foyer »

lenaourHistorien spécialiste de la Première Guerre mondiale, Jean-Yves Le Naour a rédigé les textes accompagnant les collectors de timbres « Mémoire de Guerres » émis en mai. Il évoque l’importance que revêtait le courrier pour les soldats engagés sur le front entre 1914 et 1918.

« Qu’elle en a charrié de la correspondance, cette guerre de 14-18. En quatre ans de conflit statique, où les combats heureusement sont rares et l’ennui dominant, des milliards de lettres et de cartes postales ont été échangées entre le front et l’arrière, sans compter les 200 000 colis quotidiens envoyés aux poilus pour améliorer l’ordinaire.

Avec la soupe ou le « jus », le courrier rythme la journée dans les tranchées. Parce qu’il est le lien vital qui relie le mobilisé à son foyer – et donc à la vie -, parce qu’il permet de donner un sens aux souffrances subies, ce courrier est attendu avec impatience. Il est aussi important que la soupe, écrit le légionnaire Blaise Cendrars. Plus important encore, considère même Henri Barbusse.

Jean-Yves Le Naour a rédigé les textes de la collection philatélique "Mémoire de guerres" dévoilée en mai.

Jean-Yves Le Naour a rédigé les textes de la collection philatélique « Mémoire de Guerres » dévoilée en mai.

Si la IIIe République a alphabétisé les Français, il en est beaucoup sur le front qui reprennent le crayon pour la première fois depuis l’école, avec une écriture malhabile et une orthographe approximative. Le commandement, lui, regarde la correspondance avec circonspection : il redoute les lettres sentimentales des femmes, censées émousser le courage des hommes, et les récits réalistes de la guerre qui pourraient jeter la panique à l’arrière.

Surtout, l’armée a peur de l’espionnage, et elle cherche aussi à sonder le moral de la troupe en créant un contrôle postal. Celui-ci, au plus fort de son activité, dépouille environ 180 000 lettres par semaine, une goutte d’eau par rapport aux dizaines de millions de lettres qui sont échangées dans la même période.

Mais c’est tout de même assez pour se faire une idée de ce que pensent les poilus. Il n’y avait pourtant pas besoin de lire des milliers de lettres pour se rendre compte que, très largement, les soldats maudissaient la guerre et n’espéraient qu’une seule chose : revenir le plus vite possible dans leurs foyers, embrasser leurs enfants et serrer leurs femmes dans les bras. »

Propos recueillis par Rodolphe Pays

lenaour3lenaour1Jean-Yves Le Naour est l’auteur, avec l’illustrateur Chandre, de l’album « François-Ferdinand. La mort vous attend » (Bamboo, juin 2014) et de « 1915 : l’enlisement » (Perrin, octobre 2013).

 

 

 

 

 

 


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