Télégraphe Chappe : la « station » de Saverne toujours debout


La « station » du télégraphe Chappe de Saverne (67).

Le Musée de La Poste l’évoquera à nouveau à sa réouverture : le télégraphe aérien a été inventé et mis au point par Claude Chappe à la fin du XVIIIe siècle.

Plusieurs « stations » de ce premier réseau de télécommunications continuent d’être ouvertes au public. Dont celle de Saverne, dans le Bas-Rhin.

Visite guidée et commentée.

C’est à la communication spirituelle que semblait se destiner Claude Chappe. Après ses études au collège royal de La Flèche, il devient en effet prêtre. Le jeune ecclésiastique n’aura cependant guère à transmettre de « bonnes paroles » : nommé abbé commendataire (sans obligations religieuses), il jouit ainsi de « bénéfices » qui lui permettent d’ouvrir… un cabinet de physique à Paris.

La Révolution mettra un terme à cette confortable situation. Chappe retourne alors dans la Sarthe et y poursuit ses recherches scientifiques et techniques. Et s’intéresse en particulier à la communication, terrestre cette fois.

Il met ainsi au point un dispositif de transmission de données. Le télégraphe Chappe, premier réseau de télécommunications au monde, était né.

Copié un peu partout en Europe et ailleurs, il s’avérera le plus efficace jusqu’à l’avènement quelques dizaines d’années plus tard de la Fée électricité.

Son principe s’apparente finalement à celui des relais de poste : un peu à la manière des courriers acheminés – à cheval ou en malle-poste – d’un point à un autre via une succession de relais, les messages que prend en charge le télégraphe aérien de Chappe sont délivrés après avoir été reproduits par une série de « stations ».

Sur le toit de ces stations (en général de petites tours) éloignées les unes des autres de 10 à 15 km – toutes bâties sur une hauteur afin d’être en vue de la précédente comme de la suivante – sont fixés un grand et deux petits bras articulés.

Verticales, horizontales, diagonales : au total une centaine de positions différentes peut être utilisée. Et identifiée d’une station l’autre à la longue-vue.

Gilbert Rhim actionne les « bras » de la station (au fond à gauche le tableau des positions de transmission de message).

« Ce n’est pas un alphabet dont il s’agit, à chacune de ces positions ne correspond pas une lettre mais un mot ou un groupe de mots, explique Gilbert Rhim, bénévole de l’association qui entretient et fait visiter l’ancienne station Chappe de Saverne, dans le Bas-Rhin, le système étant exclusivement réservé aux messages officiels politiques ou militaires, on transmettait ainsi une suite d’expressions telles que « Décret à placarder », « Banqueroute », « Prendre toutes les précautions » ou encore « Besoin de munitions de tel type », ces éléments mis bout à bout et reconstitués à l’arrivée étaient autant d’informations et de directives le plus souvent urgentes émanant des autorités de l’époque. »

Chaque station est équipée de deux longues-vues, l’une tournée vers la station précédente pour observer les signaux transmis, l’autre vers la suivante pour vérifier l’exactitude de ceux relayés.

En quelques positions, on pouvait de la sorte faire passer des ordres ou des communiqués courts ainsi que des textes même relativement longs.

Plusieurs lignes de télégraphe sont créées au milieu des années 1790. Entre Paris et les ports militaires – Brest, Cherbourg… -, les villes situés aux frontières – Lille, Strasbourg, Perpignan…

« De la capitale à Strasbourg, on comptait une cinquantaine de stations, indique Gilbert Rhim, au départ deux opérateurs étaient à la manœuvre dans chacune d’elle, souvent d’anciens militaires, un qui regardait à la longue vue les signaux transmis et l’autre qui les reproduisait à l’aide d’un système de poulies actionnant les bras, mais au bout d’un moment, économie oblige, un seul d’entre eux a été maintenu. »

Gilbert Rhim et les autres membres de l’association du télégraphe Chappe de Saverne effectuent des démonstrations à l’intention des visiteurs.

Pour les autorités qui usent de ce service, le gain de temps est considérable : alors qu’une malle-poste achemine un courrier de Paris à Strasbourg en 4 à 5 jours, un texte relayé par le télégraphe aérien ne met lui que 4 à 5 heures pour parvenir à son destinataire. Et en toute sécurité.

Le contenu des messages n’est en effet pas identifié par les opérateurs. Leur compétence se limite simplement à la manœuvre. Seuls les directeurs de lignes, à l’arrivée et au départ, connaissent la teneur des informations transmises.

Le télégraphe de Claude Chappe (à la réalisation et la promotion duquel plusieurs de ses frères ont également contribué) sera opérant jusqu’au milieu du XIXe siècle. Le télégraphe électrique lui succédera ensuite.

Attenant à la tour du télégraphe, un petit musée permet d’en savoir plus sur l’inventeur du système, l’histoire du réseau et son fonctionnement.

Reste de ce réseau pionnier quelques vestiges. Une vingtaine de stations entretenue par des passionnés demeure en état et peut être visitée.

C’est le cas de celle de Saverne (rénovée au milieu des années 1960), dont s’occupe une association que Gilbert Rhim a rejointe il y a une dizaine d’années. Un peu par hasard.

Ingénieur en retraite domicilié à Saverne, c’est au cours d’une balade en forêt qu’il l’a découverte. « Quelque temps plus tard, j’ai lu une annonce dans une publication locale indiquant que l’association était à la recherche de bénévoles, raconte Gilbert, ça m’a intéressé, je me suis dit que je pouvais sûrement apprendre des choses et être utile. »

Le tableau des différentes lignes du télégraphe indique les lieux desservis, essentiellement des ports militaires et des villes frontières.

Depuis, avec plusieurs autres membres, il participe régulièrement à la vie de l’association et de la station.

En effectuant de la maintenance en hiver – réparation, entretien, nettoyage… – et en assurant des permanences de guides aux beaux jours (la station est ouverte au public de mai à septembre). Une tâche qu’il apprécie beaucoup.

« Le télégraphe est à immédiate proximité du château du Haut-Barr et sur le passage d’un sentier de randonnée, explique-t-il, forcément ça attire du monde, nous avons à chaque saison plusieurs milliers de visiteurs, des gens venus en famille ou en groupe, et pas si rarement même de l’étranger, comme ces touristes qu’un Tour opérateur finlandais amène sur place tous les ans. »

Ces visiteurs venus de pays européens et même parfois plus lointains ne troublent pas Gilbert. Quand il ne parlent pas le français, il les accueille et fait ses commentaires soit en anglais, soit en allemand.

« J’essaie de proposer une visite interactive, avec des questions, des échanges, documentée, souriante aussi, détaille-t-il, que ce soit dans la station elle-même comme dans le petit musée attenant où une quinzaine de vitrines permet d’en savoir plus, sur Chappe, l’implantation des lignes… »

Une manière de communiquer que n’aurait pas désavoué Claude Chappe…

Rodolphe Pays

Tour de l’ancien télégraphe Chappe, Le Haut-Barr, SAVERNE (Bas-Rhin).

Ouvert de la mi-mai à la mi-septembre (jusqu’aux Journées du patrimoine). Tél. : +33/0 3 88 52 98 99 – Fax : +33/0 3 88 52 18 11.

 

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2 Responses to “Télégraphe Chappe : la « station » de Saverne toujours debout”


  1. 1 Pierre 20 avril 2017 à 11:57

    Super blog, continuez ainsi

    :-) x

  2. 2 Pierre 20 avril 2017 à 11:58

    :-) H4ck3d


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