La rétrospective consacrée à Bernard Rancillac par le Musée de La Poste ouvre dans quelques jours : entretien avec l’artiste


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(photo M. Lunardelli).

(photo M. Lunardelli).

Dans sa nouvelle exposition, proposée à Paris à l’espace Niemeyer, le Musée de La Poste revisite 50 ans de la carrière de Bernard Rancillac.

Le peintre évoque ici son parcours, ses convictions et revient sur l’événement que constitue cette rétrospective…

La rétrospective que vous consacre le Musée de La Poste couronne une longue suite d’expositions…

Oui, c’est vrai. J’ai eu ma première exposition personnelle à Meknès, quand je faisais mon service militaire là-bas au Maroc en 1953, et ma première exposition à Paris en 1956, il y a donc plus de 60 ans. Depuis lors, bien de l’eau a coulé sous les ponts de la Seine, et bien des expositions de mon travail pictural ont eu lieu.

ranci4Souvent elles réunissaient des toiles que j’avais faites autour d’un thème ou d’un procédé plastique, et elles constituaient des séries. Mais cette fois-ci, il s’agit d’une rétrospective de toute mon œuvre, jusqu’à des toiles très récentes.

Remarquez que je ne dis pas « du début à la fin », parce que j’espère bien encore trouver de l’énergie pour continuer à peindre. La peinture n’est pas pour moi une activité anecdotique, c’est toute ma vie, et c’est elle qui est aujourd’hui offerte au public.

 

ranci3Comment est née cette idée d’exposition avec le Musée de La Poste ?

C’est une idée de la direction du musée, et je tiens à remercier Mauricette Feuillas, sa directrice, Josette Rasle, la commissaire de cette rétrospective que je connais depuis très longtemps, et toute l’équipe qui les entoure.

Je veux aussi remercier l’Espace Niemeyer, qui m’accueille alors que c’est un immeuble magnifique, bien entendu, mais qui n’avait pas été conçu pour recevoir une exposition d’une telle ampleur.

Il y a eu bien des challenges à relever et c’est cela qui m’a passionné : au-delà de la peinture qui est montrée au public dans un lieu classé et chargé d’histoire, il a fallu affronter des difficultés matérielles et techniques. Mais je me suis senti totalement libre, et j’ai été mis en confiance dès le début par des gens – devenus aujourd’hui des amis – qui connaissent la peinture, qui aiment l’art et les artistes.

ranci5Cela a été pour moi un vrai plaisir de travailler avec eux pour préparer cette rétrospective. Même si je suis angoissé de savoir comment le public va réagir et s’il va répondre à notre appel.

 

Votre nom est associé à la Figuration narrative, apparue dans les années 1960. Comment est né ce mouvement ?

Dans ces années-là, c’était la peinture abstraite qui tenait à Paris le haut du pavé, qui était considérée comme d’avant-garde. Et je dois dire que j’ai commencé par faire de la peinture abstraite. Il le fallait bien pour tenter de gagner sa vie.

Mais au fond de moi, je n’étais pas satisfait. Je sentais qu’il fallait, non pas revenir à l’ancienne figuration, mais inventer une nouvelle figuration. Je voulais trouver un art plus attentif à ce qu’était devenue la vie dans ces années qu’on appellera par la suite les « Trente Glorieuses », plus ouvert sur la modernité, sur des réalités, des images et des mythologies du quotidien.

ranci1On allait bientôt parler de « nouvelle vague » pour le cinéma, et avec des amis jeunes peintres – comme Hervé Télémaque, Jan Voss, Peter Klasen et quelques autres – on s’est dit qu’il fallait inventer une « nouvelle figuration », que par la suite le critique d’art Gérald Gassiot-Talabot devait appeler « la figuration narrative ».

Mais passés ces moments forts, chacun a tracé son propre chemin.

 

Vous avez toujours revendiqué un art engagé…

"Le sommier", 1998. Bernard Rancillac, Adagp, Paris 2017. Acrylique sur toile, châlit, outils, 175x125 cm, coll. de l'artiste.

« Le sommier », 1998. Bernard Rancillac, Adagp, Paris 2017.
Acrylique sur toile, châlit, outils, 175×125 cm, coll. de l’artiste.

L’engagement n’a pas été pour moi un « devoir » que je me serais imposé. Mais je lisais les journaux, j’écoutais la radio et je me disais que le monde n’allait pas bien : il y avait – et il y a toujours – des guerres, des massacres, des souffrances, du racisme, des femmes et des enfants qu’on tue, des peuples opprimés…

Il était bien difficile pour un artiste comme moi de ne pas y être sensible et de ne pas en parler avec le langage et les moyens qui étaient les miens.

A vrai dire, le vrai problème n’est pas à mes yeux que je sois un artiste « engagé », mais bien plutôt que le public qui regarde mes toiles se sente parfois si « dégagé » des souffrances du monde.

Et je lui demande : pourquoi l’art devrait-il nous offrir un monde « à part », protégé, et s’abstenir d’évoquer ces questions brûlantes qui nous rongent ? Car enfin les humains sont au monde non pour y survivre, mais pour y bien vivre, non ?

Je regarde autour de moi et je vois que c’est loin d’être ce qui se produit.

 

"Le Muezin", 2013. Bernard Rancillac, Adagp, Paris. Acrylique sur toile, 130x197 cm, coll. de l'artiste.

« Le Muezin », 2013. Bernard Rancillac, Adagp, Paris. Acrylique sur toile, 130×197 cm, coll. de l’artiste.

La Figuration narrative, la façon dont vous l’avez pratiquée, est-ce que le flambeau n’est pas repris par certains street artistes ?

Ce qui est sûr, c’est que ces jeunes gens connaissent le même sort et les mêmes difficultés que nous quand nous étions jeunes.

Ils veulent montrer ce qu’ils font, ils veulent voir leur talent reconnu, et comme on ne leur ouvre pas facilement les portes du petit monde établi de l’art, ils ont choisi de le faire dans la rue, ce qui entraîne souvent pour eux bien des problèmes avec l’Etat, la police ou le voisinage.

Mais rien ni personne ne peut empêcher l’art de s’inventer un destin. La création vivante est une brûlure qui vous pousse impérativement en avant.

 

Quels sont les peintres « classiques » que vous appréciez ?

Il y en a beaucoup. Mais au fond, que m’importent les siècles et les époques, ce qui me passionne ce sont les œuvres. J’aime bien la grande peinture d’histoire, parce que les peintres y traitent des événements marquants – des batailles, des scènes de la vie… – qui parlent directement à leurs contemporains.

Moi aussi, je peins l’actualité qui va devenir l’histoire…

Propos recueillis par Rodolphe Pays

(photos T. Debonnaire)

affiche_expo-resp300« Rancillac / Rétrospective », du 21 février au 7 juin, une exposition du Musée de La Poste proposée à l’espace Niemeyer, 2 place du Colonel Fabien, Paris 19e.

Ouvert du lundi au vendredi de 11 h à 18 h 30 et les samedi et dimanche de 13 h à 18 h (fermé les jours fériés). Entrée libre.

 

Un panorama représentatif

Peintures, objets, affiches, installations, collages… : la rétrospective que le Musée de La Poste consacre au plasticien Bernard Rancillac comporte une centaine d’œuvres réalisées du début des années 1960 à aujourd’hui.

L’exposition présente ainsi un panorama représentatif du parcours de cet artiste engagé, initiateur notamment de la Figuration narrative. 

« L’Art n’est pas fait pour s’endormir le soir dans son lit » (Bernard Rancillac).

 

 

 

 

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