Céline Neveux, commissaire de l’expo « Temps suspendu » : « Une réelle fascination pour des bâtiments abandonnés »


affiche_expo_temps_suspendu-3-resp300Usine abandonnée, palais déserté, église délaissée… Des photos de ces bâtiments oubliés dont la nature a repris possession font l’objet d’un nouvel accrochage du Musée de La Poste.

Interview de Céline Neveux, la commissaire de l’exposition.

De septembre à décembre, à l’espace Niemeyer, le Musée de La Poste propose une exposition photographique consacrée à l’exploration urbaine. Comment l’idée d’accompagner ce mouvement artistique encore peu connu du grand public a-t-elle vu le jour ?

celineC’est à travers une recherche de lieux que ce projet est né. Depuis le lancement des travaux de rénovation du musée, nous avons en effet déjà organisé plusieurs expositions hors les murs. Au musée du Montparnasse en 2014, au Musée Leclerc-Jean Moulin et à la Cité de l’architecture et du patrimoine l’an passé.

Après avoir été accueillis par ces institutions culturelles, nous nous sommes mis en quête d’un bâtiment postal susceptible d’abriter de nouvelles expositions. Un lieu momentanément inoccupé ou destiné à être cédé ou réhabilité.

On a ainsi visité d’anciens centres de tri notamment. Et c’est ce qui nous a fait penser au mouvement Urbex – Urban Exploration -, qui s’attache à la découverte et l’exploration de sites désertés, désaffectés. Ca a été un déclic, l’idée d’une nouvelle exposition du Musée de La Poste était trouvée.

 

Romain Veillon, "L'aube dorée", France (2015).

Romain Veillon, « L’aube dorée », France (2015).

Comment peut-on définir l’exploration urbaine, et qu’ont en commun tous ceux qui s’y intéressent ?

C’est avant tout une réelle fascination pour des bâtiments abandonnés, quelle que soit leur nature. Qu’il s’agisse de demeures privées, de sites industriels, d’équipements collectifs…

Cette passion ne date pas d’hier, de tous temps elle s’est manifestée, des gens se sont toujours interrogés, sur ce qui reste, ce qui a disparu, les raisons de ces désaffections. Pour l’imaginaire, c’est sans limite. Et ce sont vraiment ces sensations, oniriques, mystérieuses, que cherchent à faire partager les photographes contemporains qui pratiquent l’exploration urbaine. Ils peuvent rester des heures pour capter le bon moment, la bonne lumière qui vont révéler, sublimer le lieu.

 

Henk Van Rensbergen, "Nara Dreamland rollercoaster", Japon (2012).

Henk Van Rensbergen, « Nara Dreamland rollercoaster », Japon (2012).

La quête de ces sites, le cheminement pour y accéder, ça semble aussi important pour ces photographes que la réalisation finale des images…

Pour beaucoup de ces artistes, ça renvoie un peu à la cabane au fond du jardin. C’est d’abord un jeu de pistes pour trouver « l’endroit ». Et être parmi les premiers à se rendre sur place, quand le bâtiment ou l’espace est encore inconnu. Dès qu’un lieu commence à être fréquenté, à être vu, ça ne les intéresse plus.

Il y a aussi un côté très addictif dans cette démarche. Un des photographes de l’exposition, Henk Van Resbergen, est pilote de ligne. Toutes ses escales, ses vacances, ses temps libres, il les passe depuis des années à trouver ces endroits, à les faire encore exister, témoigner.

 

Sylvain Margaine, "Centrale électrique de Cespi d'Adda", Italie (2011).

Sylvain Margaine, « Centrale électrique de Cespi d’Adda », Italie (2011).

L’exposition présente les travaux de trois photographes. Plutôt que de montrer leurs réalisations successivement, vous avez choisi de les associer par thème…

Derrière chacun des cinq thèmes retenus – les usines, les villas, les loisirs, les lieux de culte et les hôpitaux -, c’est la même démarche, celle de faire rêver, aux palais oubliés, à la beauté qui demeure des églises désertées, de tous ces lieux devenus hors du temps…

Susciter des questions également, pourquoi l’activité de telle entreprise s’est arrêtée, comment en est-on arrivé là…

L’idée, c’est aussi d’évoquer des paradoxes, par exemple de montrer d’anciens parcs d’attraction, autrefois joyeux et bruyants, désormais friches figées et silencieuses. Plus que la désolation, voire parfois le sordide de ces espaces orphelins, c’est la poésie qui s’en dégage que j’ai voulu privilégier.

Propos recueillis par Rodolphe Pays

siege-parti-communiste-francais-zoom1-resp300« Temps suspendu – Exploration urbaine », une exposition du Musée de La Poste présentée du 17 septembre au 18 décembre à l’Espace Niemeyer, 2 place du Colonel Fabien, Paris 19ème. Entrée libre.

 

affiche_expo_temps_suspendu-3-resp300Palais, cristallerie, village olympique, chapelle…

L’exposition  » Temps suspendu  » rassemble 75 photographies grand format prises par trois artistes passionnés d’exploration urbaine, Sylvain Margaine, Henk Van Rensbergen et Romain Veillon. Majoritairement en couleur, elles ont pour la plupart été réalisées – en France comme à l’étranger – au cours de ces dernières années.

Dans des mines, centrales électriques, bourse de commerce, cristallerie, palais, village olympique, chapelles… Tous les lieux présentés ont été abandonnés et dégradés naturellement par le temps, la végétation s’y est installée, les machines ont rouillé, des pianos gisent dans des cours…

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