Archive pour juillet 2016



Saint-Martin-d’Abbat : des boîtes aux lettres qui sont aussi des œuvres d’art populaire

logoLETTERBOX-ARTNoirDans un village du Loiret, plus de 200 boîtes aux lettres construites et décorées par les habitants sont visitées chaque fin de semaine par des touristes venus de partout en France, voire même de l’étranger. Aperçu du spectacle… 

SZrul9TC’est de l’art postal… et aussi un peu une manière de street art. Ou d’art brut. De l’art populaire plus simplement. Des centaines de boîtes aux lettres individuelles plus inventives, originales, et drôles les unes que les autres.

Autant d’objets créés en famille, entre amis, qui racontent un peu de la vie de leurs auteurs : accordéon, scène de chasse, pompe à essence, maquette de station de ski, téléphone public…

r5Kegx5Cette exposition permanente à ciel ouvert se tient et se visite – à pied, en vélo… – depuis une vingtaine d’années à Saint-Martin-d’Abbat, un village du Loiret situé près d’Orléans.

Un projet original, quasi unique en France, qui contribue désormais largement à la notoriété de la petite commune.

Vf8lGj0Son initiateur, Michel Lafeuille, parisien installé de longue date sur place, rappelle dans quel contexte il a lancé l’idée : « Saint-Martin-d’Abbat est un lieu calme, agréable, mais sans vraie singularité, sans réelle spécificité, j’ai pensé à l’époque que cette idée de boîtes aux lettres personnalisées pouvait à la fois créer une dimension esthétique et renforcer les liens, l’entraide entre les habitants. »

Succès garanti, sur 600 foyers, la commune compte plus de 200 boîtes aux lettres « customisées »…

La dynamique ne se ralentit pas, lorsque certaines vieillissent, MAC2_4:035A_BIS.TIFd’autres prennent le relais, renouvellent le « parc ».

Partenaire de l’association à l’origine du projet, le Musée de La Poste – qui avait en 2011 consacré une exposition et un film au village et à ses boîtes – apporte son soutien aux animations proposées sur place tous les dimanches de juillet et août.

Rodolphe Pays

En savoir plus : http://www.letterboxvillage.com.

 

 

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Siège de 1870 : la nacelle du ballon « Le Céleste » recouvre la forme

pa-045Le ballon postal Le Céleste a franchi les lignes prussiennes le 30 septembre 1870. Sa nacelle, qui appartient aux collections du Musée de La Poste, est actuellement en restauration.

Elle figure parmi les objets du musée les plus imprégnés d’histoire. Parmi les plus emblématiques aussi de l’aventure postale. C’est en effet l’une des nacelles des quelques dizaines de ballons montés (ainsi nommés lorsqu’ils transportaient des passagers) qui, lestées de courrier, ont passé les lignes prussiennes lors du siège de Paris de 1870. Pour celle-ci, c’était le 30 septembre, et le ballon, dirigé par Gaston Tissandier, s’appelait Le Céleste.

Longtemps présentée dans les collections, elle avait besoin d’une cure de rajeunissement. Pour traiter cette pièce exceptionnelle, le musée a fait appel à une spécialiste en restauration d’objets réalisés à partir de IMG_4903matières organiques (la nacelle est essentiellement constituée d’osier auquel s’ajoutent un peu de bois et des cordages).

« Quand je l’ai vue la première fois, j’ai pensé qu’elle n’était pas en si mauvais état, et surtout constaté qu’elle n’était pas attaquée par des insectes, se souvient Ingrid Léautey, elle était cependant très affaissée, avait vrillé, ça demandait quand même pas mal de travail, c’était un beau projet. »

L’expérience aidant – Ingrid avait déjà œuvré sur des nacelles comparables appartenant aux musées de l’Air et de la Marine -, les différentes opérations à effectuer ont vite été identifiées.

Première d’entre elles, le soclage, destiné à « redresser » la nacelle et lui IMG_4901restituer son volume. Une tâche qu’Ingrid a confié à Pier Esquilat, formé à l’école Boulle.

« On a créé une armature de tubes fins de métal pour retrouver les dimensions de l’objet, indique Pier, on a choisi cette option pour sa discrétion, l’aluminium aurait été trop volumineux, et aussi parce qu’elle n’entraîne pas de confusion avec l’objet lui-même, comme aurait pu le faire une structure en bois. »

Ingrid a ensuite repris la main. Avec d’abord un nettoyage au solvant. « L’idée, ce n’était pas de retrouver l’état originel, précise-t-elle, c’était de IMG_4908conserver de la patine, de l’authenticité. » Au-delà de l’esthétique, des soins curatifs se sont aussi révélés nécessaires.

Comme de combler des manques dans les parois de la nacelle. « Remettre de l’osier risquait de créer des tensions préjudiciables, explique Ingrid, j’ai préféré travailler à l’aide de papier teinté, à l’œil ça ne se voit pas ».

Les visiteurs le constateront dans quelques mois, à la réouverture du musée.

Rodolphe Pays

 

Des tracts en allemand

Gaston Tissandier (1843-1899).

Gaston Tissandier (1843-1899).

Le 30 septembre 1870 à 9 h 30, l’aérostier Gaston Tissandier s’élève au-dessus de Paris dans le ballon postal « Le Céleste ».

Avec lui à bord de l’étroite nacelle (80 cm de long, 70 de large), 80 kg de courrier, dont des dépêches destinées au gouvernement alors replié à Tours, 3 pigeons et des tracts en allemand à lancer sur les troupes prussiennes qui assiègent la capitale.

Il réussit à passer les lignes ennemies sans Gaston-Tissandier-922098171_Lencombres (non sans essuyer des tirs) et atterrit avant midi à 80 km à l’ouest de Paris, près de Dreux.

Mission accomplie.

 

SP 38 : « La fresque devant le Musée de La Poste parle du passé, du présent, du monde… »

La fresque de SP 38 sera visible tout l'été sur la palissade du chantier de rénovation du Musée de La Poste.

La fresque de SP 38 sera visible tout l’été sur la palissade du chantier de rénovation du Musée de La Poste.

Pendant toute la durée des travaux de transformation du Musée de La Poste, des street artistes investissent à tour de rôle la palissade du chantier.

Cet été, c’est SP 38 qui interpelle les passants. Interview.

Vous venez de réaliser une fresque que l’on pourra voir tout l’été sur la palissade du chantier de rénovation du Musée de La Poste. Comment ce projet a-t-il été préparé ?

L’idée d’occuper cette palissade m’a été présentée l’année dernière. La commissaire d’expo connaissait mon travail et était intéressée pour que je rejoigne les autres street artistes également sollicités. Elle m’a dit que j’étais absolument libre de créer l’œuvre qui me plaisait – pour un street artiste, une condition évidente -, et m’a simplement demandé qu’un clin d’œil, une référence à l’univers de La Poste y figure.

SP32Il y avait quelques contraintes, la palissade étant en bordure de rue, l’espace pour peindre était réduit, il fallait aussi impérativement terminer la fresque en trois jours.

Comme j’habite à Berlin, j’ai réalisé une bonne partie du travail là-bas dans mon atelier.

 

Comment avez-vous conçu cette œuvre ?

J’ai travaillé comme souvent en deux temps. Pour le fond, j’ai choisi des éléments que j’utilise par période et qui étaient adaptés à l’idée que je voulais développer, le transport des messages, des informations, par air et mer et sur terre. J’ai ainsi fait apparaître un avion, un poulpe et un lapin pour symboliser ces modes de déplacement.

Avant d'achever le travail sur place, SP 38 a réalisé le fond de sa fresque dans son atelier de Berlin.

Avant d’achever le travail sur place, SP 38 avait réalisé le fond de sa fresque dans son atelier de Berlin.

J’ai fait ça à Berlin, sur des bandes de papier de 3 mètres de long, la hauteur de la palissade.

Sur place ensuite, après avoir collé ce fond, j’ai intégré sur toute la largeur le message que je voulais faire passer, en lettres rouges écrites dans ma typo habituelle.

Avec toujours la même démarche, susciter l’effort du décryptage pour ensuite mieux appréhender le sens du propos.

 

c70a3602966f20bba3f10de5beefd181-resp1280Qu’avez-vous voulu exprimer à travers ce message ?

Je laisse aux gens le soin de le découvrir. Mais c’est un texte que j’ai voulu lier au musée, à sa construction, à sa rénovation. C’est aussi comme un point de départ, qui va au-delà, qui évoque d’autres choses. C’est en fait une ligne qui ne s’arrête pas, qui passe, qui défile devant les images du fond en s’y associant.

C’est une phrase à tiroirs, avec plusieurs significations, qui peut se lire indépendamment par série de deux mots… Ca parle du passé, du présent, du monde…

 

P1100993Vous travaillez aussi de cette manière à Berlin ?

Après la chute du Mur, cette ville a été un creuset formidable pour le street art. On pouvait faire absolument tout ce qu’on voulait. Aujourd’hui encore, ça reste à part, la créativité demeure très forte.

Tout le passé alternatif a été démoli, mais il reste une volonté de refaire de Berlin une ville phare dans le domaine culturel.

Là-bas, je travaille toujours dans la rue, avec des fonds blancs marqués ou non de dessins et des textes en allemand, mais aussi en anglais ou en en français. Mais je fais aussi des expos, des installations, je suis présent dans des galeries. En Allemagne, bien sûr, mais aussi un peu partout dans le monde.

 

La photo sur la tombe du général Hinstin (1831-1905), point de départ d'une fiction collective autour d'un double imaginaire rebaptisé Instin.

La photo sur la tombe du général Hinstin (1831-1905), point de départ d’une fiction collective autour d’un double imaginaire rebaptisé Instin.

Qui est le général Instin, auquel vous faites parfois référence dans vos œuvres ?

Le travail autour du général Instin, c’est un projet collectif né il y a une vingtaine d’années. A l’époque, l’écrivain Patrick Chatelier avait découvert au cimetière Montparnasse la tombe de ce général oublié. Et sur celle-ci un portrait photographique sur verre effacé par le temps.

Il a alors eu l’idée de partir de cette absence pour élaborer comme une renaissance fictive. A l’aide d’ateliers d’écriture, de films, d’images… En France, en Italie… J’ai réalisé des affiches sur ce thème, participé à des événements, partout où je vais j’évoque Instin à travers des collages, encore dernièrement à Istanbul, bientôt à Gênes…

 

SP33Vous êtes un artiste aujourd’hui reconnu. Quelles ont été les étapes de votre parcours ?

Je ne suis pas issu d’une famille d’artistes, ce qui m’a nourri enfant, c’est l’image, la télé, la pub. Et assez vite, j’ai voulu faire de la pub, de l’illustration. J’ai fait une école type Beaux-arts à Cherbourg. A Saint-Lô, près de Coutances, la ville dont je suis originaire, j’ai aussi appris le graphisme, à tracer des lettres, mon goût pour la typo s’est aiguisé à ce moment-là. Après je suis monté à Paris, comme on dit, je faisais des petites choses artistiques, chez moi.

Et puis, au milieu des années 1980, est arrivée, bien après les pionniers, la première vague du street art. C’était organisé par le groupe Vive La Peinture. Ca été le début pour moi, il y avait plein de gens créatifs, c’était des trucs colorés, assez pop, post figuration libre. J’ai commencé à intégrer de l’écrit sur mon travail, ça ne m’a plus quitté.

 

Et Berlin, c’est venu comment ?

Je faisais partie de squats d’artistes, à Paris, c’était très créatif, mais c’était dur de travailler, on était, disons, empêchés. Je suis allé une première fois à Berlin, et là, ça a été le coup de foudre. J’y suis installé depuis plus de 20 ans.

Peut-être qu’un cycle se termine. J’aimerais prendre plus de temps pour refaire des toiles. Et j’aime aussi revoir la Normandie.

Propos recueillis par Rodolphe Pays

(Photos Thierry Debonnaire/Rodolphe Pays)

 

En savoir plus sur SP 38 : http://www.sp38.de/


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