SP 38 : « La fresque devant le Musée de La Poste parle du passé, du présent, du monde… »


La fresque de SP 38 sera visible tout l'été sur la palissade du chantier de rénovation du Musée de La Poste.

La fresque de SP 38 sera visible tout l’été sur la palissade du chantier de rénovation du Musée de La Poste.

Pendant toute la durée des travaux de transformation du Musée de La Poste, des street artistes investissent à tour de rôle la palissade du chantier.

Cet été, c’est SP 38 qui interpelle les passants. Interview.

Vous venez de réaliser une fresque que l’on pourra voir tout l’été sur la palissade du chantier de rénovation du Musée de La Poste. Comment ce projet a-t-il été préparé ?

L’idée d’occuper cette palissade m’a été présentée l’année dernière. La commissaire d’expo connaissait mon travail et était intéressée pour que je rejoigne les autres street artistes également sollicités. Elle m’a dit que j’étais absolument libre de créer l’œuvre qui me plaisait – pour un street artiste, une condition évidente -, et m’a simplement demandé qu’un clin d’œil, une référence à l’univers de La Poste y figure.

SP32Il y avait quelques contraintes, la palissade étant en bordure de rue, l’espace pour peindre était réduit, il fallait aussi impérativement terminer la fresque en trois jours.

Comme j’habite à Berlin, j’ai réalisé une bonne partie du travail là-bas dans mon atelier.

 

Comment avez-vous conçu cette œuvre ?

J’ai travaillé comme souvent en deux temps. Pour le fond, j’ai choisi des éléments que j’utilise par période et qui étaient adaptés à l’idée que je voulais développer, le transport des messages, des informations, par air et mer et sur terre. J’ai ainsi fait apparaître un avion, un poulpe et un lapin pour symboliser ces modes de déplacement.

Avant d'achever le travail sur place, SP 38 a réalisé le fond de sa fresque dans son atelier de Berlin.

Avant d’achever le travail sur place, SP 38 avait réalisé le fond de sa fresque dans son atelier de Berlin.

J’ai fait ça à Berlin, sur des bandes de papier de 3 mètres de long, la hauteur de la palissade.

Sur place ensuite, après avoir collé ce fond, j’ai intégré sur toute la largeur le message que je voulais faire passer, en lettres rouges écrites dans ma typo habituelle.

Avec toujours la même démarche, susciter l’effort du décryptage pour ensuite mieux appréhender le sens du propos.

 

c70a3602966f20bba3f10de5beefd181-resp1280Qu’avez-vous voulu exprimer à travers ce message ?

Je laisse aux gens le soin de le découvrir. Mais c’est un texte que j’ai voulu lier au musée, à sa construction, à sa rénovation. C’est aussi comme un point de départ, qui va au-delà, qui évoque d’autres choses. C’est en fait une ligne qui ne s’arrête pas, qui passe, qui défile devant les images du fond en s’y associant.

C’est une phrase à tiroirs, avec plusieurs significations, qui peut se lire indépendamment par série de deux mots… Ca parle du passé, du présent, du monde…

 

P1100993Vous travaillez aussi de cette manière à Berlin ?

Après la chute du Mur, cette ville a été un creuset formidable pour le street art. On pouvait faire absolument tout ce qu’on voulait. Aujourd’hui encore, ça reste à part, la créativité demeure très forte.

Tout le passé alternatif a été démoli, mais il reste une volonté de refaire de Berlin une ville phare dans le domaine culturel.

Là-bas, je travaille toujours dans la rue, avec des fonds blancs marqués ou non de dessins et des textes en allemand, mais aussi en anglais ou en en français. Mais je fais aussi des expos, des installations, je suis présent dans des galeries. En Allemagne, bien sûr, mais aussi un peu partout dans le monde.

 

La photo sur la tombe du général Hinstin (1831-1905), point de départ d'une fiction collective autour d'un double imaginaire rebaptisé Instin.

La photo sur la tombe du général Hinstin (1831-1905), point de départ d’une fiction collective autour d’un double imaginaire rebaptisé Instin.

Qui est le général Instin, auquel vous faites parfois référence dans vos œuvres ?

Le travail autour du général Instin, c’est un projet collectif né il y a une vingtaine d’années. A l’époque, l’écrivain Patrick Chatelier avait découvert au cimetière Montparnasse la tombe de ce général oublié. Et sur celle-ci un portrait photographique sur verre effacé par le temps.

Il a alors eu l’idée de partir de cette absence pour élaborer comme une renaissance fictive. A l’aide d’ateliers d’écriture, de films, d’images… En France, en Italie… J’ai réalisé des affiches sur ce thème, participé à des événements, partout où je vais j’évoque Instin à travers des collages, encore dernièrement à Istanbul, bientôt à Gênes…

 

SP33Vous êtes un artiste aujourd’hui reconnu. Quelles ont été les étapes de votre parcours ?

Je ne suis pas issu d’une famille d’artistes, ce qui m’a nourri enfant, c’est l’image, la télé, la pub. Et assez vite, j’ai voulu faire de la pub, de l’illustration. J’ai fait une école type Beaux-arts à Cherbourg. A Saint-Lô, près de Coutances, la ville dont je suis originaire, j’ai aussi appris le graphisme, à tracer des lettres, mon goût pour la typo s’est aiguisé à ce moment-là. Après je suis monté à Paris, comme on dit, je faisais des petites choses artistiques, chez moi.

Et puis, au milieu des années 1980, est arrivée, bien après les pionniers, la première vague du street art. C’était organisé par le groupe Vive La Peinture. Ca été le début pour moi, il y avait plein de gens créatifs, c’était des trucs colorés, assez pop, post figuration libre. J’ai commencé à intégrer de l’écrit sur mon travail, ça ne m’a plus quitté.

 

Et Berlin, c’est venu comment ?

Je faisais partie de squats d’artistes, à Paris, c’était très créatif, mais c’était dur de travailler, on était, disons, empêchés. Je suis allé une première fois à Berlin, et là, ça a été le coup de foudre. J’y suis installé depuis plus de 20 ans.

Peut-être qu’un cycle se termine. J’aimerais prendre plus de temps pour refaire des toiles. Et j’aime aussi revoir la Normandie.

Propos recueillis par Rodolphe Pays

(Photos Thierry Debonnaire/Rodolphe Pays)

 

En savoir plus sur SP 38 : http://www.sp38.de/

1 Response to “SP 38 : « La fresque devant le Musée de La Poste parle du passé, du présent, du monde… »”


  1. 1 Arz 1 juillet 2016 à 20:46

    Claude Arz dit: SP 38 est un affichiste international qui parcourt depuis dix ans la planète, de Paris à Séoul, de Berlin à New York, plaquant des affiches éphémères sur les murs des rues et des avenues. Il éclabousse avec ferveur de bleu, de rouge, de jaune, les murs des pavillons tranquilles, des banques d’affaires, des usines désaffectées. Il placarde furtivement de jour comme de nuit ses affiches qui montrent avec force les hantises et les désirs des peuples qui dorment.


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