La triple vie de Christine, postière, animatrice et randonneuse


Quand sa mère lui disait parfois "Rentre à La Poste, Christine répondait invariablement "Jamais"...

Quand sa mère lui disait parfois « Rentre à La Poste », Christine répondait invariablement « Jamais »…

L’histoire de La Poste, c’est aussi et peut-être surtout celle des postiers. Une histoire qui dure toujours. Riche en activités, en événements, en implications. En don de soi également. Portrait chronologique d’une postière contemporaine.

Christine Husson est postière de longue date. C’est une fille des Yvelines. Une vraie. Définitivement. Et plus précisément, de Meulan. Elle y a fait toute sa scolarité : écoles maternelle, primaire, secondaire…

Petite entorse à cette fidélité géographique viscérale, mais vraiment petite, elle a préparé son bac au lycée Saint-Exupéry – déjà un clin d’œil à La Poste – de Mantes-la-Jolie. C’était en 1976. Et c’était le bac B (on dit ES aujourd’hui).

Son goût pour l’animation de centres de vacances, elle l’a d’abord aiguisé dans les colos qu’elle a fréquentées dès la sortie de l’enfance. Ce ne sera pas indifférent par la suite dans le déroulement de sa carrière. Elle passe aussi du temps à la MJC, puis, un peu poussée par des copains, se soumet – « par curiosité, dit-elle » – aux épreuves du BAFA (brevet d’aptitude à la fonction d’animateur).

Pour valider son "BAFA", Christine a effectué son premier stage à la mairie du VIIème arrondissement, de Paris.

Pour valider son « BAFA », Christine a effectué son premier stage à la mairie du VIIème arrondissement de Paris.

Et comme il fallait valider celui-ci, elle fait alors un stage « opérationnel » à la mairie du VIIème arrondissement de Paris. « On avait des enfants de 3 à 13 ans, dont on avait compris que les parents voulaient un peu se débarrasser durant les vacances de Noël, se souvient-elle, tout n’était pas parfait, mais c’était le début d’une longue aventure, et c’était déjà formateur. »

Après le bac, pas d’études supérieures, « il fallait travailler »… Christine additionne les petits boulots. Passe des concours : Impôts, Banque de France, Poste… « En attendant les résultats, j’ai bossé notamment pour la sécurité sociale des agriculteurs, au bout de 15 jours, je suis partie, c’était vraiment trop galère. »

Christine ne se décourage pas. Elle envoie un courrier à La Poste de Meulan, un autre à la direction de La Poste de Versailles…

"Les femmes de La Poste", une exposition itinérante du Musée de la Poste qui raconte trois siècles de présence des femmes au sein de l'univers postal.

« Les femmes de La Poste », une exposition itinérante du Musée de La Poste qui raconte trois siècles de présence des femmes au sein de l’univers postal.

Il faut dire que La Poste ne lui est pas inconnue. Son grand-père maternel était receveur distributeur… dans les Yvelines. Gazé pendant la Première Guerre mondiale, il décèdera très vite. Son épouse reprendra alors son activité – une disposition sociale prise par l’Administration de l’époque pour ne pas laisser les veuves de guerre dans les difficultés.

La mère de Christine, elle-aussi postière – au central téléphonique de… Meulan -, lui disait parfois « Rentre à La Poste », et Christine répondait invariablement « Jamais ».

Jamais ? « Un jour, Jean-Paul, le facteur, sonne à la porte de la maison, raconte Christine, et me dit que l’on m’attend le lendemain à 7 h à La Poste de Meulan ». C’est ainsi que le 15 juin 1977, Christine signe un contrat d’été en tant que guichetière auxiliaire. Après les grands-parents et la maman, la petite fille…

A l’issue de cette première expérience, toujours pour La Poste, elle obtiendra à trois reprises des contrats de trois mois en tant que vacataire.

Les femmes de La Poste 8C’est durant cette période, qu’elle passe – avec succès – le concours de contrôleur à La Poste. Et le 17 juillet 1978, elle intègre le centre de chèques Paris-Bourseul. « J‘y suis restée un an, précise Christine, et après j’ai été nommée pour deux ans au centre de chèques de Paris-Vaugirard, aujourd’hui devenu – pour quelques mois encore – siège de La Poste ».

Christine aurait préféré intégrer EDF, parce qu’elle pensait à l’époque qu’il était possible d’y associer travail et implication dans des centres de vacances. Mais on lui dit, et elle le constate, que cette alternance professionnelle est également envisageable à La Poste. Elle prend alors des contacts. Et obtient d’être engagée pour les vacances de Noël en tant qu’animatrice saisonnière dans un centre de vacances « PTT ». C’était à Aspres-sur-Buech, dans les Hautes-Alpes. Une première qui était loin d’être une dernière. …

C’est justement à ce moment-là que la Banque de France se manifeste. Pour l’embaucher. Tout de suite et en étant libre de tout engagement par ailleurs. Christine connaît le statut favorable des employés de la Banque de France, mais l’attirance pour l’activité des centres de vacances est la plus forte, elle choisit de rester à La Poste.

Meulan en Yvelines, le "fief" de Christine (sur la carte postale, les hôtels de ville et des postes).

Meulan en Yvelines, le « fief » de Christine (sur la carte postale, les hôtels de ville et des postes).

Comme un aimant, au propre ou au figuré, Meulan l’attire. Elle dépose des « vœux » (demandes de mutation) pour y exercer son activité de postière. Et ça marche. Le 2 novembre 1981, elle doit prendre son service au bureau de poste de la ville.

Mais ça ne tombe pas très bien : parallèlement, elle a programmé un voyage de quelques semaines en Bolivie et au Pérou. Parce que non seulement Christine souhaite s’investir dans le « social », et en particulier dans les centres de vacances, mais elle goûte déjà les expéditions et randonnées personnelles à l’étranger.

Christine Husson2Et depuis pas mal de temps déjà. Ainsi, son premier séjour hors des frontières, c’était en Irlande. Elle n’a alors que 17 ans. L’occasion pour la première fois de sa vie de prendre l’avion. « Il faisait un bruit infernal avec ses hélices », se rappelle-t-elle. C’était un camp d’ado, avec logement sous la tente et activités équestres. « Inoubliable ».

Et Meulan alors, à l’automne 81 ? La Poste accepte finalement de reporter sa mutation de quelques semaines. Elle intègre le bureau en tant que guichetière polyvalente – guichet, service arrière, caisse… Elle y restera de novembre 1981 à octobre 2002.

Plus de vingt ans au cours desquels elles alternera activités postales et investissement dans les centres de vacances de ce qui était encore l’Administration des PTT. En gros 5 mois à la ville et 7 mois aux champs (ou à la montagne, ou au bord de la mer).

846_001Au départ Christine est animatrice, encadre des stages de planches à voile, de voile, de ski… Pour tous les âges. « Les organismes pour lesquels je travaillais dans ce domaine – l’ASSOVAC, l’association de gestion des centres de vacances des PTT, puis l’AVEA, l’association de gestion des vacances des enfants du personnel de La Poste – m’ont formée afin que je sois en mesure d’accompagner et d’épauler au mieux les jeunes. »

L'ASSOVAC, l'association de gestion des centres de vacances des PTT, puis l'AVEA, l'association de gestion des vacances des enfants du personnel de La Poste, deux structures auxquelles Christine Husson a consacré une partie de sa carrière au sein de La Poste.

L’ASSOVAC, l’association de gestion des centres de vacances des PTT, puis l’AVEA, l’association de gestion des vacances des enfants du personnel de La Poste, deux structures auxquelles Christine Husson a consacré une partie de sa carrière au sein de La Poste.

Au plan administratif, en revanche, c’est un peu plus compliqué : il faut gérer les absences de Christine, la remplacer. « Mes collègues animateurs qui travaillaient dans les centres de tri par exemple, ils étaient nombreux dans leur job, leur remplacement posait moins de problème, explique-t-elle, pour moi, en bureau de poste, c’était plus difficile, mais j’ai toujours eu la chance d’avoir des responsables hiérarchiques et des collègues compréhensifs. »

Une bienveillance qui ne réglait pas tout : côté évolution professionnelle, pour Christine ça n’avançait en effet pas beaucoup…

Ca se passait mieux au sein des centres de vacances, où l’on confie assez vite à Christine des responsabilités de sous-directrice puis d’économe.

Des souvenirs de ces années-là, Christine en conserve de très nombreux. Elle a ainsi en tête un séjour dans le Tarn, au centre d’équitation de Roussayrolles. « C’étaient des gamins de 16/17 ans, venant de partout. On était hébergé par un jeune agriculteur d’origine belge. Dans des bâtiments en pierres qu’il avait lui-même retapés. C’était splendide. On était loin de tout. Il y avait une quarantaine de chevaux. Des fêtes dans les villages alentour tous les soirs. »

Elle se souvient aussi de la Toussuire, en Savoie, où elle allait en toutes saisons. « On avait 30 jeunes l’été, un peu mois l’hiver, des 13/14 ans. On faisait des randos en montagne, on dormait sous la tente, dans des refuges. C’était formidable. »

Et la vallée d’Abondance aussi, un peu plus au nord, en Haute-Savoie. « Avec des mômes de partout, Paris, Strasbourg, Dijon… Un endroit merveilleux. »

Sa passion pour les centres de vacances, elle la résume ainsi : « L’intérêt des colos, c’est de sortir de son milieu… et aussi de se dire au retour, on est bien chez soi. Et puis, sans elles, jamais je n’aurais pu pratiquer autant de disciplines sportives comme je l’ai fait pendant toutes ces années. »

Longtemps animatrice, puis sous-directrice et également économe de centres de vacances de La Poste, Christine devient en 2002 permanente de l'AVEA, où elle s'occupera de l'accompagnement et du soutien des directeurs de centres (sur la photo, le centre de vacance d'Urrugne, dans les Pyrénées Atlantiques).

Longtemps animatrice, puis sous-directrice et également économe de centres de vacances de La Poste, Christine devient en 2002 permanente de l’AVEA, où elle s’occupera de l’accompagnement et du soutien des directeurs de centres (sur la photo, le centre de vacances d’Urrugne, dans les Pyrénées Atlantiques).

A partir de 2002, elle est recrutée comme permanente à l’AVEA, au service pédagogique. Fini les déplacements sur le terrain, elle s’occupe désormais de l’accompagnement et du soutien des directeurs de centres de vacances. Elle prend même la direction du service après le départ de la personne qui jusque là occupait le poste. Elle restera à l’AVEA jusqu’en 2008.

Christine passe ensuite un concours de cadre, spécialité « RH Com ». C’est comme cela qu’elle rejoint au siège de La Poste la direction des services partagés (DSP), où elle œuvrera comme gestionnaire RH jusqu’en 2011. « Patrick Pietravalle, à l’époque DRH de cette direction, a cru en moi, il m’a en quelque sorte confié un rôle de facilitatrice, explique Christine, ainsi j’aidais les cadres stratégiques et dirigeants dans leurs missions. »

En 2011, Chistine rejoint le Musée de La Poste en qualité de de responsable des publics.

En 2011, Christine rejoint le Musée de La Poste en qualité de responsable des publics.

En janvier 2011, réorganisation des services, la DSP disparaît. « J’avais vu qu’un job de responsable de la gestion commerciale du public était proposé au musée de La Poste, poursuit Christine, je pensais que ce n’était pas trop pour moi, mais des collègues m’ont convaincue que ce poste pouvait parfaitement me convenir. »

C’est ainsi que, fin mars, elle intègre le musée. « Je n’en savais pas grand-chose, ce que je connaissais surtout, c’était le contact avec le public, se souvient-elle, et j’ai compris que c’était plus facile avec les visiteurs qu’avec les clients… »

Et des clients, faciles ou non, elle en a connu lors de son long séjour au bureau de poste de Meulan. Et des « célèbres ». « Jean-Bedel Bokassa, je l’ai vu deux fois au bureau, il avait un château à proximité, un jour il est venu pour envoyer un télégramme, raconte Christine, mais il n’avait pas assez de monnaie pour payer, une dame lui a proposé de lui donner le complément manquant, il a alors répondu, non je n’accepte pas que vous me donniez cette somme, je vous rembourserai… »

« L’empereur » de Centrafrique ne pénétrait jamais dans le bureau sans que son chauffeur se soit assuré de la présence d’un guichetier ou d’une guichetière disponible pour recevoir sans perte de temps son altesse…

Christine n’a aucun regret concernant sa carrière. « J’ai un CV atypique, dit-elle, j’ai multiplié les expériences. » C’est le moins qu’on puisse dire. Elle a par exemple navigué sur le bateau La Poste lors de la première Whitbread. « C’était dans le cadre d’entraînements pour préparer la course, indique-t-elle, mais ce n’est pas allé plus loin, Daniel Mallé, le skipper, ne voulait pas de femme dans l’équipage pour la course elle-même. » Elle s’est aussi occupée du parcours de la flamme olympique – dont La Poste était l’organisateur officiel – à l’occasion des Jeux Olympiques d’Albertville de 1992.

Dans le privé, ce n’est pas une surprise, Christine fait beaucoup de choses. Elle est membre d’un club de marche, elle s’occupe d’un grand jardin hérité de ses parents, de la jeune fille de sa nièce… Et prépare régulièrement des voyages. « Pour randonner, et de préférence dans des zones plutôt accidentées ou au moins vallonnées », précise-t-elle.

La Russie orientale, une des destinations favorites de Christine.

La Russie orientale, une des destinations favorites de Christine.

C’est près d’une soixantaine de pays qu’elle a ainsi déjà visités. Ses préférés ? La Russie de l’extrême est, avec ses volcans, où l’on y fait du ski et où l’on se baigne ensuite dans des eaux à 37 degrés.

C’est le Burkina Faso aussi, pour les gens, le plus souvent très pauvres, mais d’une gentillesse extrême, avec qui on discute toute la journée, partout… Christine aime aussi la Nouvelle-Zélande, pour sa beauté, la diversité de ses paysages. « Une terre vivante », dit-elle.

« J’aime découvrir les lieux à travers la randonnée », conclut-elle. Elle pense déjà à l’Altaï, entre Mongolie, Russie et Kazakhstan… Mais elle revient toujours chez elle. Dans les Yvelines.

Rodolphe Pays

(photos de Christine Husson : Thierry Debonnaire)

 

 

 

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2 Responses to “La triple vie de Christine, postière, animatrice et randonneuse”


  1. 1 Jual Fiforlif Sidoarjo 7 avril 2017 à 11:35

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