« L’art fait ventre » est proposée jusqu’en septembre au musée du Montparnasse : entretien avec Josette Rasle, la commissaire d’exposition


josette 1« L’art fait ventre », le second accrochage du musée de La Poste accueilli en résidence au musée du Montparnasse, associe l’art et la nourriture. Josette Rasle, la commissaire de l’exposition, en détaille l’intention et les contenus.

 

C’est la première fois que le musée de La Poste explore les univers liés à la nourriture. Comment est née l’idée de cette exposition ?

Traiter de ce sujet, c’est un projet auquel je pensais depuis longtemps. Et puis les thèmes ne manquant pas, d’autres choses ont été réalisées, des accrochages dédiés à l’art moderne, au cubisme, à l’art brut, aux arts contemporains aussi… Ce qui a été déclencheur, c’est le fait que pendant sa période de rénovation le musée de La Poste soit accueilli en résidence au musée du Montparnasse. Ce musée, c’est en effet l’ancien atelier de la peintre Marie Vassilieff. Elle y travaillait, elle y exposait, et c’est là aussi qu’elle organisait ses cantines pendant la Première Guerre mondiale. Des repas qui étaient servis aux artistes souvent démunis du Montparnasse de l’époque. Il m’a alors semblé que ce lieu était propice pour associer l’art et la nourriture, qu’il était tout indiqué pour aborder ces questions.

 

josette 2Avec cette exposition qu’est-ce que vous avez voulu soumettre à la réflexion des visiteurs ?

L’alimentation, manger, ce n’est pas simplement se nourrir, c’est une partie intégrante de nos vies, y compris dans ses excès : on se construit en mangeant, on se tue aussi… La nourriture, c’est une ouverture sur le monde, tout un environnement, des formes de production multiples, des pratiques qui le sont autant, souvent de surconsommation, des rituels aussi. L’exposition invite à réfléchir sur le sens de cette surconsommation, sur l’esthétisation de la nourriture également. Mais avec humour, et sans donner de leçons de morale.

 

L’exposition est aussi accompagnée de performances…

On ne pouvait pas tout montrer au sein de l’exposition, alors introduire du vivant, organiser autour d’elle des banquets, des spectacles avec de la danse et de la musique, des démonstrations culinaires, c’est une manière de ne pas seulement regarder la nourriture, c’est aussi un peu la vivre, l’approcher davantage, mieux l’appréhender. Et même la goûter. Le fait que l’exposition se tienne tout l’été dans le cadre du musée du Montparnasse facilite aussi la tenue de ces performances. L’allée pavée du chemin du Montparnasse est un endroit idéal pour qu’elles s’y déroulent dans les meilleures conditions.

affiche40x60l'artfaitventre_Mise en page 1Les démarches très différentes des douze artistes exposés engendrent des voisinages plutôt contrastés. Qu’est-ce que vous recherchiez à travers un éclectisme aussi marqué ?

Ils ne travaillent pas que sur cette problématique, mais ces créateurs ont en commun de s’intéresser à la thématique de l’alimentaire. Faire appel à des artistes aux cheminements singuliers, avec leurs intentions propres et utilisant toutes sortes de techniques et de matériaux, cela permet de montrer une grande richesse de points de vue, de regards contemporains. Une richesse qui ne fait rien d’autre au fond que correspondre à la diversité de nos propres goûts.

C’est une exposition plutôt militante…

C’est vrai que plusieurs des artistes présentés critiquent la dérive actuelle de la consommation, dévoilent ses dangers, dénoncent les mensonges qui l’entourent. L’exposition permet aussi de porter son regard sur les exclus de la consommation. Sur le rapport que nous entretenons avec les animaux également. On peut en effet la juger dure, assez militante à certains égards. Il y a un côté sombre, sans doute, mais c’est aussi par ailleurs très coloré, avec de la gaieté, des choses souriantes à prendre au second degré. Ce n’est pas seulement la dénonciation qui prévaut, d’ailleurs souvent à dessein caricaturale – on s’amuse par exemple des fantasmes que suscite la consommation -, la plastique y est également omniprésente.

Propos recueillis par Rodolphe Pays

« L’art fait ventre », jusqu’au 20 septembre, une exposition du musée de La Poste en résidence au musée du Montparnasse, 21 av. du Maine, Paris 15ème. Ouvert tous les jours (sauf le dimanche) de 13 h à 18 h, entrée libre.

 

 

 

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